Philippe Maindron et Eiffela Broken Dream : la logistique folle d'une œuvre d'art française à Burning Man 2026

Eiffela Broken Dream : quand un organisateur d’événements emmène une Tour Eiffel cassée à Burning Man

30 tonnes d’acier fabriquées en Vendée. Deux conteneurs traversant l’Atlantique via le canal de Panama. Une semaine de montage dans les tempêtes de sable du Nevada. Et au bout, l’œuvre la plus monumentale de Burning Man 2026, une Tour Eiffel cassée, plantée dans le désert, qui a fait pleurer son créateur tous les jours du festival.

Philippe Maindron, fondateur de Maindron Production et créateur du Festival de Poupet, n’est pas artiste de formation. Il est organisateur d’événements. Et c’est peut-être pour ça qu’Eiffela Broken Dream a autant touché les 65 000 burners qui l’ont découverte. Parce que derrière l’œuvre, il y avait une vraie logistique événementielle, une vraie équipe, de vraies embrouilles et une conviction absolue d’aller au bout.

Dans ce nouvel épisode de Good Morning Event, le podcast de l’événementiel by Zen Organisation, Philippe Maindron raconte tout, de l’idée initiale aux projets qui suivent, en passant par les conteneurs aux numéros meulés et les cinq mariages célébrés spontanément au pied de la tour.

 

 

La logistique événementielle au cœur du projet : conteneurs, traversée et pré-montage

C’est peut-être la partie la moins visible d’Eiffela Broken Dream, et la plus révélatrice du savoir-faire de Philippe Maindron en tant qu’organisateur d’événements. Acheminer 30 tonnes d’acier depuis la Vendée jusqu’au désert du Nevada, c’est un projet logistique à part entière.

Le Havre, l’Atlantique, le canal de Panama, le Mexique, San Francisco, Reno. Cinquante à soixante jours de traversée. Une traçabilité suivie tous les matins sur ordinateur, “aujourd’hui, elle est arrivée à Cuba”. Des conteneurs “dernier voyage” aux numéros meulés aux douanes américaines. Et un dernier conteneur arrivé dix jours avant le festival, sans lui, le projet tombait à l’eau.

 

Le pré-montage à Reno : la décision qui a tout changé

Quinze jours avant l’ouverture du festival, cinq personnes partent à Reno pour sortir les conteneurs et préassembler un maximum d’éléments sur des plateaux remorques. Une décision jugée superflue au départ, reconnue comme capitale après coup. Sans ce pré-montage, le projet n’aurait pas été sorti dans les temps. Sur la Playa, chaque heure compte, et les conditions météo ne font de cadeaux à personne.

 

 

Une semaine sur la Playa : monter 30 tonnes dans les tempêtes de sable

Lundi matin, point GPS au milieu de nulle part, 360 degrés de désert autour. Le Man et le Temple visibles au loin. Et une semaine pour assembler l’œuvre la plus monumentale de toute la Playa avant l’ouverture du dimanche.

37 personnes mobilisées, famille, équipe Maindron Production, partenaires. Des journées de tempêtes de sable, des engins de chantier prêtés par l’organisation qui a fini par comprendre l’ampleur du défi, et une flèche posée J-1. À ce moment-là, Eiffela Broken Dream est debout, blanche de sable, illuminée la nuit, belle à toute heure.

 

Quand Burning Man devient une leçon de gestion de projet sous contrainte

Pour tout professionnel de l’événementiel, cette semaine de montage est un cas d’école. Pas de réseau fixe, pas d’eau courante, pas d’électricité fournie. Une météo imprévisible et violente. Des délais non négociables. Et une équipe qui doit être à la fois polyvalente, solidaire et capable de prendre des décisions rapides sans escalade. Ce que Philippe Maindron a vécu sur la Playa, beaucoup d’organisateurs le vivent à leur échelle sur chaque production. La différence, c’est que là, il n’y avait pas de plan B.

 

 

La star de la Playa : cinq mariages, le Cirque du Soleil et des milliers d’émotions

Une œuvre d’art monumentale ne vit pas seulement par elle-même. Elle vit par ce que les gens en font. Et ce que les burners ont fait d’Eiffela Broken Dream, Philippe Maindron ne l’avait pas prévu, ni les cinq mariages célébrés spontanément au pied de la tour, ni l’afflux des influenceurs et photographes, ni le funambule qui donnait de la légèreté à l’ensemble depuis le sommet cassé.

L’organisation de Burning Man, qui n’avait pas cru au projet au départ et avait refusé la subvention demandée, a fini par reconnaître son erreur. Et les derniers jours du festival, c’est elle qui a demandé à Philippe de rester jusqu’au bout parce qu’Eiffela était devenue trop belle pour disparaître avant la clôture.

 

 

L’après Burning Man : la vente annulée, les répliques et les films à venir

Le projet ne s’arrête pas avec le festival. Une vente aux enchères à 500 000 dollars était prévue et annulée au dernier moment, dans l’avion du retour, parce que Philippe Maindron n’arrivait plus à se séparer de ce qu’il avait créé.

À la place : sept répliques originelles en projet, chacune avec sa propre histoire et son propre parcours. Un court-métrage de 26 minutes destiné aux festivals de cinéma. Un documentaire de 52 minutes qui racontera toute la genèse, des premières embrouilles de conteneurs à l’émotion du dernier jour. Et une invitation à revenir à Burning Man en 2027, peut-être en invité d’honneur.

 

“Sublimer une folie et la transformer en émotion.” C’est ainsi que Nicolas Guillermou a résumé ce qu’a fait Philippe Maindron avec Eiffela Broken Dream. Une phrase qui dit tout sur cet épisode, sur ce projet, et sur ce que l’événementiel peut produire quand quelqu’un y met ses tripes avant ses tableaux Excel.

 

 

Good Morning Event : le podcast des professionnels de l’événementiel

Good Morning Event est le podcast de référence de l’événementiel, produit par Zen Organisation et présenté par Nicolas Guillermou. Basée en Pays de la Loire avec des antennes à Nantes, La Roche-sur-Yon, Le Mans et Angers, Zen Organisation accompagne entreprises et organisations dans la conception et la production de leurs événements depuis 2011.

 

Disponible sur Spotify, Apple Podcasts, Ausha et toutes les plateformes. Nouvel épisode chaque lundi.

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Transcription de l’épisode !

 

Générique : Bonjour à toutes et à tous et bienvenue sur Good Morning Event, le podcast de l’événementiel.

 

Nicolas Guillermou : Bonjour à toutes et à tous et bienvenue sur le podcast Good Morning Event. Aujourd’hui, je suis avec Philippe. Philippe, bonjour.

 

Philippe Maindron : Bonjour.

 

Nicolas Guillermou : Tu t’appelles Philippe Maindron et tu es notre invité aujourd’hui car tu es le fondateur de Maindron Production, le cascadeur de l’événementiel, créateur entre autres du Festival de Poupet, du Grand Prix des Meules Bleues, du Fonacon. Et aujourd’hui, on te retrouve parce qu’on t’a déjà eu il y a un an pour revenir sur cette incroyable histoire de la Tour Eiffel, d’Eiffela à Burning Man. Et on va pouvoir en parler aujourd’hui. Philippe, la dernière fois, c’était il y a quasiment un an, tu revenais de Burning Man et tu nous as dit on a hâte d’être à l’année prochaine. Là, aujourd’hui, tu rentres tout juste des États-Unis. Est-ce que tu peux nous raconter vraiment là, en quelques mots, comment c’était ?

 

Philippe Maindron : En quelques mots, c’était surréaliste, c’était émotionnel, parce qu’on a passé par toutes les phases, moi aussi d’ailleurs. C’est juste un moment de partage incroyable.

 

Nicolas Guillermou : Alors quand on s’est retrouvé l’année dernière, l’idée c’était de faire cette Tour Eiffel que tu as amenée dans le désert de Reno au fond du Nevada. Il n’y avait encore rien de fait finalement, si ce n’est l’espèce d’étincelle dans ta tête. Comment est-ce que ça se décompose un petit peu cette année 2025-2026 ? Par quoi tu commences pour avancer vers ce projet fou Eiffela ?

 

Philippe Maindron : Tu commences déjà par avoir l’idée, parce que si elle a rencontré cette œuvre d’art finalement, d’ailleurs je peux même souligner en passant que je ne partais pas pour faire une œuvre d’art du tout, pour être encore moins artiste, tout ça, ça va venir, puisque je vais le sentir au fur et à mesure des jours, mais en fait tu pars avec l’idée de, moi qui aime beaucoup l’oeuvre de Gustave Eiffel, non seulement de mettre la Tour Eiffel à Burning Man, mais de casser la Tour Eiffel. Donc c’est là que tout va prendre une dimension qui était juste imprévisible, en tout cas au départ, qu’on met en scène finalement un symbole de la France qui est très fort, qui est connu dans le monde entier. Et ce symbole, forcément, tu le laisses comme il est, tu la laisses debout, tu fais que la poser, où la poser ici dans le Nevada, il n’y a pas d’intérêt. Et tout d’un coup, tu décides de la casser. Alors là, il y a tout qui s’accélère, puisque finalement, le message, il est fort. Les gens comprennent. Comprennent que du coup, c’est de l’art. Donc après, il ne faut pas prendre ça au premier degré. Mais du coup, ça interpelle, ça pose question. Et c’est ce qui précisément va se passer puisque je pars dans ce projet, un peu au milieu de nulle part, seul au monde, et la magie opère.

 

Nicolas Guillermou : Alors justement, seul au monde, au début, on est sur un trait de crayon, sur une idée. Sauf que de l’idée à la réalisation, il y a quand même un sacré chantier, à la fois rien que fabriquer cette tour Eiffel, ensuite la transporter, la monter, et ainsi de suite. Du coup, tu t’entoures de partenaires, notamment des partenaires locaux pour tout ça.

 

Philippe Maindron : De partenaires, de gens aussi que je connais, des partenaires fournisseurs, oui, parce que finalement, ils aiment le projet, ils aiment l’idée, ma folie. Donc c’est vrai, on constitue une équipe importante, puisque au-delà de tout cela, il y aura aussi ma famille, puisque je tiens à avoir ma femme, mes enfants. Il y aura aussi tout Maindron Production, une petite dizaine de personnes supplémentaires. Toujours est-il qu’on se retrouve à 37. Donc à 37, on ne sera pas trop de cette équipe finalement pour sortir le match. Parce que chacun apporte sa pierre à l’édifice. Et chaque jour suffit sa peine. Mais les conditions de montage sont extrêmement compliquées. Donc on va se relayer. Chacun va porter ses compétences. Et comme je dis, on sort le match. Et là, il y a beaucoup d’émotions. Donc c’est vrai que c’est un travail collectif. C’est bien d’avoir l’idée. Mais je savais que ce serait long, que ce serait compliqué. J’ai été préparé aux conditions atmosphériques. En tout cas, on a tout lu. On a eu la pluie, on a eu les tempêtes de sable en vue de tu en voilà. Et voilà, on s’est mis dans notre bulle et on a tout donné.

 

Nicolas Guillermou : Alors, j’aimerais qu’on regresse quand même encore un petit peu pour l’instant en France, parce qu’au-delà de la partie artistique, il y a quand même aussi un énorme savoir-faire finalement de logistique événementielle. On a pu suivre à travers plein de vidéos très sympas sur les réseaux de Maindron Production toute cette partie en amont. La Tour Eiffel, finalement, elle est livrée, mais il faut faire un premier montage à blanc. Ensuite, il faut la conditionner pour la mettre en container. Il y a toute cette partie-là.

 

Philippe Maindron : Complètement. Alors, c’est vrai que c’est important de souligner qu’elle n’arrive pas là-bas par hasard et qu’il va bien y avoir un an de travail en amont, déjà en partant du coup de crayon, mais surtout en imaginant le dessin qui va devenir le dossier officiel, les calculs, les forces, les descentes de charges. Il y a plein de paramètres qui rentrent en compte. Donc, c’est vrai que le travail va durer plus d’un an, six mois d’arrache-pied, où à partir du moment où on fait la première sortie de la première pièce, ça aussi, c’est des moments émotionnels. Quelque part, tu sens que c’est le début d’une naissance, c’est le début du projet, c’est factuel, tu as la première pièce sous les yeux. Je rappelle qu’il y a eu 5 000 pièces, 10 000 boulons, et qu’à un moment donné, tout ça, ça prend forme, et tu le vois dessiner sous tes yeux, tu constitues ton équipe, donc il va d’abord l’imaginer, la dessiner, la calculer, évidemment, la fabriquer, après l’assembler. L’assembler, ce qui va durer trois semaines à une petite quinzaine de personnes, des gens qui viennent aussi apporter, une fois de plus, leur pierre à l’édifice, parce que ce projet leur plaît, parce qu’ils aiment le métal, ils aiment la charpente, la construction métallique. C’est des gens qui ont cette fibre. Et eux, faire une Tour Eiffel, en plus, cassée, qui part dans le Nevada, tout ça, ça donne du sens. Et j’arrive à constituer une équipe incroyable. Et puis après, il faut l’envoyer parce qu’elle est faite en France. Elle est made in France. Alors ça, là-bas, j’en ai beaucoup entendu parler. Il y avait toute une suspicion sur ce projet puisque même l’organisation de Burning Man, ils me l’ont dit, ils l’ont reconnu, ils me l’ont redit le dernier jour quand on est partis. On n’a jamais pensé 30 secondes que ce projet irait au bout.

 

Nicolas Guillermou : Oui, parce que ça, c’est important. Il y a eu plein de hauts, mais il y a eu quelques bas. Notamment, tu avais fait une candidature pour avoir un soutien financier de l’organisation qui t’a retoqué. Et c’est pratiquement après coup que tu as su le pourquoi. C’est parce qu’en fait, ils n’y croyaient pas. C’était trop dingue.

 

Philippe Maindron : Complètement, parce qu’avec du recul, ils ont dit, mais bien sûr que ce projet aurait dû être aidé. Bien sûr que tu devais être dans le top 40. Et puis, dans les dix premiers, avoir des moyens spéciaux, spécifiques. Parce qu’après, au-delà de l’aide de l’honorariat, une espèce de forme de subvention que j’aurais pu recevoir, que je rappelle que je n’ai pas eu du tout. Il y a une espèce d’accueil qui est différent, parce qu’on fait partie des œuvres d’art qui sortent des sentiers battus, sauf que ce n’est pas moi qui le dis, ça s’est constaté, Eiffela est devenue la star de la Playa, Eiffela tout survolé, et même l’organisation disait, « ah oui, franchement, si on avait su, ça méritait plus. » Mais ce n’est pas grave.

 

Nicolas Guillermou : Les trois grosses œuvres, c’était le Man, le Temple, et Eiffela.

 

Philippe Maindron : Il y a eu aussi le Titanic.

 

Nicolas Guillermou : Le Titanic est très beau.

 

Philippe Maindron : C’était une oeuvre espagnole qui était très belle. Je connaissais bien l’architecte. C’était un peu le parrain de notre oeuvre.

 

Nicolas Guillermou : C’était une oeuvre en bois aussi. Le Titanic, ils l’ont brûlé la veille.

 

Philippe Maindron : Tout ça, ça a brûlé. Ce qui fait qu’entre le Titanic, le Temple et le Man, chaque jour, le vendredi, ça a brûlé. Samedi,ça a brûlé dimanche, ça a brûlé. Le lundi, on s’est retrouvé dans la situation qui était incroyable où Eiffela Broken Dream, devenait l’œuvre monumentale, la plus monumentale des 437 œuvres d’art. Et donc, Eiffela est devenue la star. Elle était monumentale, elle était en métal, elle était majestueuse. Et on ne l’a pas vue venir une fois de plus. Très vite, j’ai vu qu’elle était aimée, qu’elle était photographiée beaucoup. J’ai bien vu que les influenceurs, tout le monde passait par là parce que c’était devenu un incontournable.

 

Nicolas Guillermou : Donc, on est au printemps là, donc vous faites le premier montage à blanc puis ensuite vous la conditionnez, c’est-à-dire que vous ne démontez pas tout pièce par pièce, vous faites des gros morceaux pour que ça rentre dans 4 containers et pour tout faire partir par bateau.

 

Philippe Maindron : Alors ça c’était le gros défi c’est le gros défi en fait on part de Vendée, elle va prendre direction Le Havre donc là allez, 2 containers bien optimisés bien bien plein 15 tonnes par container de ferraille et ça, ça traverse, non seulement l’Atlantique, ça fait le canal de Panama, ça remonte au Mexique, ça part pour 50-60 jours de bateau. C’était très rigolo parce que je ne connaissais pas ça évidemment, mais il y a une traçabilité. Tous les matins, je me levais, je tapais sur mon ordinateur et je voyais où était la Tour Eiffel. Donc ça, c’est rigolo. Aujourd’hui, elle est arrivée à Cuba. Je savais où elle était jour par jour. C’est trop rigolo. Ça, c’est l’objet de deux conteneurs pour la Tour Eiffel, puis deux autres, on va dire 1,5, un autre de 40 pieds qui sont en l’air de 14 mètres de long des très grands conteneurs les 40 pieds c’est les normaux et puis les 20 pieds c’est les demi. Et ça on avait besoin d’un normal et d’une demi pour faire dans le demi le camp, mine de rien, ce n’est pas rien, parce qu’on part en toute autonomie. Pas d’eau, pas d’électricité. On peut avoir le couchage aussi, les tentes, l’accueil, les frigos, tout, Puis dans le très grand.

 

Nicolas Guillermou : Panneau solaire aussi.

 

Philippe Maindron : Panneau solaire, pack batterie, groupe électrogène. Et tout ça, ça représentait encore un volume, puis un travail conséquent à monter, démonter, pour créer notre village en toute autonomie.

 

Nicolas Guillermou : Tout ça, ça arrive. Au début de l’été, aux États-Unis, ça arrive à Reno directement. Tu te fais livrer à la grande ville la plus proche du désert, c’est ça ?

 

Philippe Maindron : Là, ça arrive d’abord à San Francisco. Et là, ça reprend encore 5-6 heures de camion pour arriver à la ville de Reno, qui est la dernière ville, ou en tout cas la première, la plus proche de Black Rock City, qui est la place où va se passer le Burning Man.

 

Nicolas Guillermou : Du coup, au début de l’été, tu pars avec une équipe de précurseurs, finalement, pour ouvrir les containers, vérifier que tout est OK. Et là, vous faites encore une deuxième partie de pré-montage pour que ça soit plus rapide quand vous serez sur la Playa lors du montage définitif.

 

Philippe Maindron : Oui, c’est très bien résumé. Je vois que tu t’es très bien renseigné.

 

Nicolas Guillermou : Je t’ai suivi de près.

 

Philippe Maindron : Et cette étape, en fait, elle est déterminante. Je pourrais même dire avec du recul qu’elle est capitale. Sinon, on n’aurait pas sorti le projet, puisque moi, je n’étais pas trop fan de ça. J’étais fan d’y aller plus longtemps et de vraiment tout faire sur place. Sauf que déjà, il y a deux phénomènes qui nous rattrapent. Le premier, c’est de dire qu’on n’a pas le droit d’arriver trop longtemps à l’avance sur la playa parce que les organisations ne sont pas en place et tout ça, la sécurité. Donc, un, on n’avait pas le droit ni le choix. Et puis, deux, ça augmentait la pénibilité du travail en fait dans le désert. Donc on décide d’y aller une petite quinzaine de jours avant pour préassembler, pour sortir des conteneurs tout ce qu’il y a à sortir, et surtout préassembler tout ce qu’il y a à préassembler. Et en fait, c’est la meilleure idée puisqu’on part à 5 pendant 5 jours. Et là, on fait tout ce travail en amont et on pose ça sur des plateaux remorques. Et là, on part, on est serein parce qu’on se dit là, on n’a jamais été aussi près. Et on se rendra compte, que le jour J, quand le festival arrive vraiment et que là on débarque sur la Playa pour la première fois que chaque heure, chaque minute racontée et pour sortir le projet à la journée près et si on n’avait pas anticipé franchement on n’y arrivait pas, donc c’était bien nous est venue l’idée de le faire.

 

Nicolas Guillermou : Alors le festival je crois qu’il démarrait le dernier dimanche d’août, toi, quand tu arrives avec tes équipes sur la Playa, justement, alors la Playa, c’est vraiment un désert. Comme tu le disais, il n’y a absolument rien. Il n’y aura rien de tout le festival, si ce n’est ce que les gens amènent et les gens repartent. Il n’y a pas de branchement électrique qui reste, d’évacuation. C’est vraiment 100% autonomie. Quand tu arrives, toi, sur cette Playa, il y a déjà des choses, il y a déjà des constructions en cours, comme le Man, des choses comme ça ?

 

Philippe Maindron : Oui, il n’y a pratiquement rien, sauf le Man, le Temple, qui sont des œuvres d’art monumentale, tout en bois. Pour le coup, ils étaient déjà arrivés depuis 15 jours, 3 semaines, pas beaucoup avant. Et il n’y aura pratiquement que nous. J’ai envie de dire, on arrive pratiquement à les troisièmes ou les premiers d’une œuvre d’art lambda, on va dire. Et là, ça fait drôle parce qu’on se présente au bureau d’accueil et là, on nous donne un point GPS. Il nous accompagne à un point GPS au milieu de nulle part. Et là, tu regardes à 360 degrés tout autour de toi. Il n’y a rien. Tu vois le Temple Man qui est très loin dans le fond là-bas. Et à ce moment-là, tu mesures que la situation est surréaliste. Et tu dis, c’est là qu’on commence à construire et qu’on va assembler 30 tonnes d’acier.

 

Nicolas Guillermou : Et on est combien de jours avant l’ouverture ?

 

Philippe Maindron : On est une semaine. Une semaine parce que c’est le lundi. On commence à poser la première plage ce lundi et ça ouvre le dimanche. Le samedi, on est censé avoir fini. Et là, la pression forcément est là. Mais au-delà de ça, il n’y a que la condition météo. Alors, elles ne sont pas top. On sera épargné par la pluie la première semaine. Moi, je resterai 23, 24 jours là-bas sur place, puisqu’il faut la monter, il faut vivre l’événement, il faut la démonter. Mais là, on va mesurer ce que je suis habitué, parce que c’est ma troisième fois, le haut, mais surtout les tempêtes de sable, de vent, qui sont pénibles, Et on va construire pratiquement tout dans la tempête.

 

Nicolas Guillermou : Les tempêtes, souvent quand on voit des images, on a l’impression que ça dure 2-3 heures et qu’après ça part. Est-ce que c’est vraiment comme ça ou est-ce que c’est tout le temps différent ?

 

Philippe Maindron : Non, c’est le cas. Alors on a eu des journées de tempêtes à ne pas en finir, mais ça c’est rare. C’est souvent, ça vient, c’est violent et ça passe aussi vite que c’est venu. À tel point que je me suis fait encore, entre parenthèses, attraper cette année. Parce qu’il fait beau, t’es content de ton coup, tout va bien, c’est calme, tu pars sans lunettes. Sans tes lunettes, sans ton masque. Et là, c’est l’enfer. Et là, tu te dis, mais comment j’ai pu oublier mon truc ? Parce que ça arrive d’un seul coup. Et c’est parfois extrêmement violent. Donc là, tu fais l’autruche, tu te mets la tête dans tes fringues, et puis tu respires ce que tu peux le temps que ça passe. En tout cas, la consigne, si j’en ai une à donner, c’est jamais sortir sans son équipement de base.

 

Nicolas Guillermou : Et donc, sur cette première semaine, vous montez, vous commencez à monter, vous montez aussi un camp provisoire, puisque je crois que vous mettez un camp finalement proche de l’œuvre pour que ce soit plus proche. Mais pendant l’événement, il va falloir déménager le camp pour aller au milieu des autres habitations finalement. Et donc là, être beaucoup plus loin de l’œuvre pour votre lieu de vie.

 

Philippe Maindron : C’est exactement ça. Parce qu’en fait, on aurait aimé aussi officiellement s’installer du premier coup. Sauf que là, toujours pareil, il y a l’inertie. Il y a qu’on arrive au dernier moment. Et notre chef de camp, lui, précisément quand on arrive, puisqu’on a anticipé tout, il n’est pas là. Il dit, non, non, hors de question de vous installer si moi, je le chef de camp, il n’est pas là. Donc, on aura cette phase provisoire qui est rigolote, mais qui est aussi un peu pénible. Parce que du coup, on installe notre camp et cinq jours après on démonte tout pour le remonter à 300 mètres à côté. Ça fait partie du jeu. Ça, ce n’était pas le plus rigolo. Mais c’est ça, à Burning Man, c’est tout sans filet. Puis on est aussi là pour ça. Donc forcément que ça s’est bien mis.

 

Nicolas Guillermou : Et j’ai vu que sur la fin du montage, pour assembler les pièces les plus hautes, la flèche notamment, vous aviez eu un renfort d’engin de chantier, d’élévateur, de grue sur place. Ça, c’est du matériel que tu savais que tu aurais à disposition ou finalement, c’est un peu le hasard des rencontres, les négociations qui font que tu trouves des solutions comme ça ?

 

Philippe Maindron : C’est les deux. C’est les deux parce que déjà, comme je disais tout à l’heure, officiellement, on n’était pas dans le top 10 des œuvres d’art incontournables. Je dis bien au début. Ce qui n’a pas été le cas de la fin, c’est qu’on n’était pas laissé pour compte, mais on n’était pas prioritaire. Ce que je pouvais comprendre, sauf qu’au vu de la taille de l’œuvre, du bois,des dimensions hors normes et tout, très vite, ils se sont intéressés à notre cas. Et donc, on n’a pas plus demandé que ça. Ils ont surtout joué le jeu. Ils ont compris que l’instant, il n’était pas grave, mais important et qu’il y avait un vrai challenge à relever. Et du coup, ils nous ont facilité la tâche. Donc, on était demandeurs sans plus, parce qu’on avait envie de prouver qu’on était capables. Mais très vite, ils nous ont mis tous les moyens à disposition, ce qui a fait qu’on a pu fonder ça dans les temps, ce qui était très bien. Et je pense que même eux, ils l’ont dit en ne nous aidant pas financièrement, ils n’étaient pas préparés à autant non plus de déballage et finalement, oui, de logistique. Donc j’ai envie de dire que ça l’a rattrapé aussi vite et aussi fort que nous. Et c’est là qu’ils ont commencé, en fait, on va dire, à mettre de l’eau dans leur vin et à nous bichonner. Puisqu’à la fin, c’était ça. C’était tellement ça que les derniers jours, ils ne nous ont pas dit, mais ce que je veux dire, on était précieusement invité pour l’année 2027, voire être invité d’honneur. En tout cas, cette Tour Eiffel, elle avait tellement fait parler, pris du sens, donné du sens qu’ils étaient convaincus, conquis.

 

Nicolas Guillermou : Cette Tour Eiffel, en plus, ce n’est pas seulement une œuvre métallique. Tu lui as donné aussi beaucoup d’humains à travers une mise en lumière, une mise en feu, une performance artistique avec de la slackline. Donc, c’est un peu, c’est marcher sur une corde entre les deux points les plus hauts. Il y avait une vraie vie sur toutes les soirées, notamment quand la lumière commence à faire sens. Raconte-nous aussi, ça, c’est quelque chose que tu avais en tête dès le début ? C’est quelque chose que tu as construit progressivement ?

 

Philippe Maindron : Ça, je l’avais en tête parce que l’éclairage de son, forcément, les animations autour peu, parce qu’on n’avait pas le temps, bien qu’on a sauvé tout ce qu’on a pu. Et que là, on a reçu le Cirque du Soleil, des cracheurs de feu, des drapés, tout le monde venait. Parce qu’en fait, je pourrais même rajouter, en off, que les gens, naturellement, chaque année, les gens vont là-bas pour se marier. Ils vont se marier à Burning Man, mais ils ne savent pas à quel moment ils vont se marier, ni encore moins où. Sauf qu’il y a eu cinq mariages, et les cinq mariages se sont passés à la Tour Eiffel. Parce que du coup, une fois de plus, ça avait du sens, c’était un symbole, c’était incroyable, c’était The place to be. Et donc, cette animation, elle s’est fait finalement sans filet, simplement. Elle était très efficace sans que je n’en ai prévu ou animé. Et puis après, forcément, le son de l’éclairage, le feu, j’en rêvais, on l’a fait. C’était le plus compliqué. Et puis après l’évolution avec ce funambule équilibriste qui donnait de la légèreté c’était gracieux, c’était beau, c’était poétique c’était aussi pour les gens qui comprenaient tout de cette oeuvre parce que le plus dur quand tu fais une oeuvre d’art je rappelle que je n’étais pas préparé à ça parce que je me disais ah oui c’est vous l’artiste, ah oui c’est quand même incroyable et vous êtes à votre combien d’oeuvres ? Ah bah je dis, moi c’est ma première, moi j’ai jamais fait d’oeuvre d’art de ma vie moi. Et en fait c’était vrai parce que nous on l’a fait, je l’ai fait aussi parce que je savais qu’en allant là-bas il fallait se démarquer avoir un projet décalé mais à aucun moment, 30 secondes tu penses que ça va faire ce buzz parce que là, les gens pourquoi ils ont compris ? J’aurais mis la même Tour Eiffel debout, la même taille, la Eiffela tout court qu’on connaît que certains d’entre vous connaissent, qui a eu la chance de voyager dans des événements en France, elle n’avait aucun intérêt. Mais le fait qu’elle soit cassée, les gens comprenaient tout. Ils disaient, « ah ouais le monde est malmené, on comprend. Amazing, amazing ». Moi, j’ai pleuré, je le dis, je n’ai pas peur parce que j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps tous les jours. Tous les jours du festival. Avant, il faut quand même travailler, monter, puis démonter. Mais pendant le festival, ça dégageait une telle ferveur, les gens, ils comprenaient tout de la planète entière. Et ils venaient nous remercier d’avoir imaginé ce scénario et de l’avoir mis en scène. Et ils restaient là des quarts d’heure, des demi-heures, des heures, à regarder le jour, la nuit, lever de soleil, coucher de soleil, gros carton, lever, coucher. Puis après, quand il pleuvait, belle quand il faisait la tempête, parce qu’elle est toute blanche, immaculée, de sable blanc. Donc elle était belle 24h sur 24, jour et nuit. Et les gens se sont mis à l’aimer comme si ce n’était pas possible. Et même nous, ça nous faisait drôle. C’est pour ça que j’ai craqué plein de fois, parce que je me suis dit, mais comment on a pu atteindre un niveau de, pas de conneries, parce que du coup, quand je dis des conneries, d’émotions. De transcender soi-même, ou en tout cas de transcender les gens.

 

Nicolas Guillermou : Tu as sublimé ta folie, et ça a créé une émotion incroyable.

 

Philippe Maindron : Voilà, c’est bien résumé. Sublimer une folie et la transformer en émotion parce que des fois ça peut rester brut, pas parler aux gens voir à la limite j’étais même préparé à ça même l’inverse, je l’ai dit souvent j’étais préparé au fait que les festivaliers qu’on appelle les burners là-bas, ceux qui font Burning Man et bien soient stressés ou perturbés au point de me dire mais ça, il n’a rien inventé il a cassé une Tour Eiffel bon, genre facile. Et puis deuxièmement, c’est pas bien parce que justement, ça casse l’image d’un symbole. Enfin, nous n’aimons pas quand vous faites ça de la Tour Eiffel. Et c’est pas du tout ce qui a été ressenti. C’est pas ce qui s’est traduit. Ce qui s’est traduit, c’est justement le monde est malmené. C’était mon projet. Les guerres, l’environnement, la planète, la pollution. Et elle est précisément plantée ici comme la fin d’n monde malmené, compliqué. Et la tête vers le haut, il y avait une espèce de forme de résilience, d’espoir. Mais ils le disaient tous. Ils disaient, « ah ouais ça c’est bon parce que là, ça va mal. Mais en même temps, ce n’est pas la fin d’un monde, c’est le début d’un nouveau ». Et ils comprenaient tout ça en disant, il y a de l’espoir, il y a de l’espoir. Il faut qu’on s’accroche à tout ce qui bouge et il faut qu’on soit acteur de ces moments-là. En tout cas, ça parlait tellement profondément à tellement de gens que c’est ça qui me touchait. J’étais ému de ça parce que je me disais, j’avais pensé, j’avais créé ça, mais pas que ça allait prendre cette dimension à tout le monde, à la planète entière.

 

Nicolas Guillermou : Alors, on va revenir sur le tout le monde, sur les dizaines de milliers de burners, mais je voudrais qu’on fasse une petite parenthèse aussi sur ton équipe, sur les équipes de Maindron Production parce que tu l’avais dit il y a un an et tu as tenu ta promesse de les emmener vivre cet événement. Pour une fois, ce n’étaient pas eux les organisateurs d’un événement un peu dingue, mais c’étaient eux, finalement, les festivaliers. Comment est-ce qu’ils ont vécu ça ? Est-ce que ça leur donne plein d’idées pour faire des choses encore plus folles avec Maindron Production ici, en France ?

 

Philippe Maindron : Ça leur donne plein d’idées pour faire des choses encore plus folles, parce que déjà, j’étais fier de les amener tous, et indépendamment que ça a un coût, c’est tellement, on vit quelque chose ensemble tellement fort que ça te marque à vie. Je rajouterais que j’ai eu une fois de plus, j’avais ma femme, mes enfants. Mais quand tu partages ça avec des gens qui te sont chères, que t’aimes bien et que t’as la chance de les avoir tous, c’est historique. Donc ça, puis après, eux, à tous de découvrir, puisque à part un de mes gars qui avait été venu avec moi il y a 12 ans, 100% de l’équipe découvrait et 100% de l’équipe est tombée dedans. Alors après, on peut dire c’est dur, c’est pas dur, c’est pas insurmontable, il faut avoir cette envie d’y aller, sauf que quand tu y es, tu mesures la chance d’y être et tu penses que ça sera plus jamais après comme avant. C’est-à-dire qu’il y a cette espèce d’électrochoc qui fait que tu vis un truc qui est extrêmement fort, extrêmement profond, de par les conditions, ça j’en ai parlé, et de par le partage, l’échange, le fait qu’il n’y ait pas d’argent qui circule, le fait de la beauté des œuvres, de ce qui se vit dans le temple avec tout ce côté profond que tu partages, que tu viens penser à tous ceux qui t’ont quitté.Ce n’est pas qu’une embrouille. Burning Man, ce n’est pas, je le dis, parce que des fois, ça a été résumé à des histoires de sexe ou de drogue. Je dis même que si tu veux trouver ça là-bas, c’est sûr qu’il ne faut pas dire qu’il n’y en a pas. En tout cas, moi, ce n’est pas ce que je vais chercher. Ce n’est pas ce qu’a trouvé mon équipe. Et puis nous, on a vécu un moment qui survole tout. Puisque pour toutes les raisons que j’ai dites, ça t’apporte énormément. Et c’est juste trop beau. C’est sans doute le moment, le lieu au monde où la création, l’inventivité des gens est à son comble. Et je vous invite tous à y aller un jour, parce que toute équipe dont tu parles qui est revenue, il n’y a qu’une chose qui est sûre, c’est qu’il n’y en a pas un qui arrive à le raconter, à le qualifier. Puisque ça, on va dire que ça ne se raconte pas, ça se vit. Et eux sont tous tombés dedans, voilà. Et une fois de plus, on est revenus tous les yeux pleins d’étoiles parce que tu ramènes des choses que tu n’avais pas prévues. Tu vis un grand film à l’état pur et tu kiffes et tu profites. Et tu dis que même de penser 30 secondes que c’est acquis sur cette planète, c’est quand même pas mal hors normes.

 

Nicolas Guillermou : Je crois que c’est 65 000 burners, c’est ça ?

 

Philippe Maindron : 65 000, oui.

 

Nicolas Guillermou : Alors, ce n’est pas un événement gratuit dans le sens où il y a un forfait pour y participer. Par contre, une fois qu’on est sur place, qu’on est dans la Playa, il y a toute une zone qu’on voit sur les vues aériennes qui est assez marquante, une sorte de demi-cercle où il y a les camps d’hébergement. Et puis, c’est un peu cet autre demi-cercle qui est la zone des œuvres d’art. Raconte-nous, parce que tu dis que c’est un événement. Il n’y a pas d’argent qui circule, en tout cas sur l’événement. Évidemment, c’est dur à comprendre dans notre ère moderne où tout s’échange, tout se monnaie. Donc, chacun amène en théorie en petits groupes souvent, de quoi s’organiser, se faire à manger, à boire. Mais on peut s’arrêter chez les uns, s’arrêter chez les autres et partager son plat, partager un coup à boire, échanger, rencontrer des gens de d’autres nationalités.

 

Philippe Maindron : C’est complètement ça. Alors ça, ça se fait tout ça très naturellement, très spontanément. T’arrives, tu fais connaissance, tu parles, est-ce que tu veux pas prendre un verre ? Ben, si toi donc, on va casser la croûte ensemble. Et puis inversement, chez toi, parce que t’accueilles les autres. Donc, il y a une forme de grand partage entre les camps, entre les équipes, entre les petites unités. Et chacun y va aussi de son animation, de sa créativité. Pareil, alors ça, ce n’est pas que sur la Playa. On ne parle pas que d’œuvre monumentale. On parle aussi de marques d’affection, de petites animations, de musique, de plein d’esthétiques musicales, architecturales, de plein de forme, d’esthétisme, bizarre, surprenant. En tout cas, tout le monde y va avec son délire, sa petite animation. Donc ça, c’est pour ce grand village. Et puis pour le reste, il y a cette musique techno-électro qui est présente la nuit d’ailleurs, mais avec des art cars qui se promènent. C’est du gros son amplifié qui se promène.

 

Nicolas Guillermou : Des véhicules artistiques, des véhicules œuvres d’art qui roulent. On peut monter à bord d’une bonne partie et qui diffusent souvent de la musique aussi.

 

Philippe Maindron : Et là, c’est open, tu montes, tu descends, tu voyages sur ton désert. C’est impossible de faire le tour de tout. Ça fait ma troisième année, je ne l’ai pas fait, je ne le ferai jamais parce que c’est résolument trop grand. Ça fait 400 hectares. C’est impossible de tout voir. Ça pullule de créativité, d’originalité. Et voilà, donc tout le monde, on se sent bien. On se sent en sécurité, c’est très important à dire.

 

Nicolas Guillermou : À part les art cars, tout le monde roule à vélo ou se déplace à pied ?

 

Philippe Maindron : Tout le monde roule à vélo ou à pied et tu te sens en extrême sécurité. Il n’y a pas autre chose que de dire qu’on se sent en sécurité. On peut dire qu’il n’y a pas de vol qui circule, tu te sens bien partout, puisque tout le monde fait confiance à tout le monde.C’est aussi quelque chose qui, dans la vraie vie, a du mal à exister. Aujourd’hui, on parle d’argent, mais on parle de sécurité. On parle d’un lieu où les gens donnent, reçoivent en toute simplicité. Et voilà, ce n’est pas la culture de l’embrouille. Pas du tout. Et ça, c’est beau. C’est très, très beau. C’est très fort. En tout cas, moi, j’ai eu cette chance de le faire, d’aller au bout. Si j’ai pleuré, c’est que ça avait, ça résonnait forcément chez moi, mais c’est que tu mesures,d’y être arrivé, et d’avoir la chance de le partager, de le vivre. Ça, je l’ai aussi dit tout à l’heure, mais j’y reviens, parce que c’est très important. Alors, j’ai dit, je le redis aussi pour peut-être les gens qui m’écoutent, j’y allais pour vivre un rêve, j’ai même dit, voilà, j’en aurais d’autres, des rêves, mais je dis que c’était un des rêves de ma vie, j’étais allé là-bas il y a 12 ans. J’étais complètement tombé dedans. J’y suis retourné l’année dernière. J’avais qu’un rêve, c’était d’y retourner et de faire une œuvre d’art. Aujourd’hui, j’y suis retourné et j’ai fait une œuvre d’art. Après, c’est le début ou la fin de l’histoire. Je ne sais pas. J’espère que c’est le début. Parce que j’ai plein d’autres idées, compris à travers Eiffela Broken Dream. Mais je voulais aller au bout de ce projet.

 

Nicolas Guillermou : On va arriver sur l’après, mais sur l’événement en lui-même et peut-être même sur ton organisation à toi. On enlève le côté émotion, le côté artistique, le côté affectif, qu’on prend la hauteur finalement de l’expert en organisation d’événements que tu es. De quoi est-ce que sur la partie vraiment purement organisationnelle, tu es le plus fier ? Et est-ce qu’il y a des éléments où tu te dis, si je devais faire la même chose en copier-coller le mois prochain, ça je le penserais autrement parce que forcément avec les retours d’expérience, on se dit, ça j’aurais peut-être dû faire de cette façon-là.

 

Philippe Maindron : C’est une très bonne question. Je ne me suis même pas posé celle-là. Mais le pire, ou le meilleur, c’est que ça a été compliqué, mais on a parlé des conteneurs, les conteneurs falsifiés, les machins, les trucs, toutes les embrouilles qu’il y a eu autour, mais j’ai envie de dire c’est ça qui a fait que l’histoire peut-être a été belle, et pour les gens qui suivaient le projet, mais pour nous aussi. Parce que finalement, tu as le sentiment, j’ai levé ce problème, j’ai levé ce problème. Sinon, forcément, si je le savais à l’avance, peut-être que j’acheterais des conteneurs tout neufs, j’aurais moins de problèmes. Et ce serait moins rigolo. Parce que du coup, ça coûte…

 

Nicolas Guillermou : Alors, redis-nous l’histoire des conteneurs falsifiés.

 

Philippe Maindron : Les conteneurs falsifiés, c’est même pas falsifiés. C’est qu’à un moment donné, tu décides d’acheter des conteneurs qui s’appellent « Dernier Voyage », qui sont moins chers, mais c’est leur dernier voyage. Sauf que moi, j’y connais rien. Et là, je comprends que les numéros ont été meulés, qu’il n’y a plus de traçabilité.

 

Nicolas Guillermou : Chaque conteneur a un numéro de série qui permet de le tracer sur toute sa vie. Et que là, ils ont été un peu remaniés.

 

Philippe Maindron : Voilà, on me dit, oui, mais si ça partait en Inde, ça serait bon, sauf que là, tu vas aux Etats-Unis et c’est pas du tout la même. Moi, j’achète un conteneur. J’ai dit, j’achète des conteneurs pour envoyer des matériaux des Etats-Unis. J’ai pas triché. Ah oui, mais là-bas, c’est quand même plus compliqué. Ça marche, ça marche pas. Oui, si tu veux pas prendre de risque, ça marche pas. Sauf qu’ils sont achetés. Donc, à un moment donné, ça, c’est le début des embrouilles. Mais bon, donc forcément que je corrigerais des trucs comme ça.

 

Nicolas Guillermou : Tu as quand même chargé dans ces containers-là.

 

Philippe Maindron : J’ai chargé.

 

Nicolas Guillermou : En prenant le risque qu’éventuellement, ils se soient refusés en arrivant là-bas.

 

Philippe Maindron : Complètement. Alors forcément, quand tu sais ça, la sécurité fait que tu achètes des neufs ou des meilleurs et puis tu reprends le risque. Mais bon, du coup, c’est peut-être pour ça que j’y suivais tous les jours. C’est peut-être pour ça que quand ça passe à la douane, tu te dis ça y est, ils sont passés à la douane. Incroyable. Ils m’ont fait, ils m’ont embêté pour une petite voiturette que j’avais mis dans un container que je n’aurais pas dû trop déclarer. J’avais déclaré. Après, ils m’ont dit « Ah oui, mais ça, c’est un engin roulant. » J’ai dit « Mais c’est une voiturette. C’est un moteur de mobilette. On l’a vidangé. Il n’y a pas d’essence dedans. » « Ah oui, mais c’était devenu un élément roulant. »

 

Nicolas Guillermou : Un import de véhicule. Tu faisais de l’import de voiture.

 

Philippe Maindron : Ah mais non, mais c’est un truc de fou. J’ai dit « Mais ils vont me bloquer. Ils vont me bloquer un conteneur de 40 pieds, de 15 tonnes, parce qu’il y a une mobilette à l’intérieur. J’aurais jamais dû la déclarer. » des trucs comme ça, il faut le faire dans les règles de l’art, mais quand tu vis ça, tu te dis, c’est quoi, quelle histoire on est. Mais en même temps, je dis ça.

 

Nicolas Guillermou : Tu es à distance. Tu n’es pas devant le douanier à négocier, tu es loin.

 

Philippe Maindron : Tu as peur. Il y a des œuvres d’art en France, il y en avait trois. Il y avait une autre qui était un voisin à nous qui faisait un arbre avec des petites lumières LED qui étaient trop trop mignons. Il y avait une très belle œuvre qui était de la Corrèze, du temps de la France. Il s’appelait Larmes de Midas, un gars qui a fait une très belle oeuvre en bois de 5-6 mètres de haut. Sauf que lui, que je connaissais très bien, parce qu’on était deux Français, on n’arrêtait pas d’échanger, son conteneur, lui, il est arrivé 8 jours après le festival. Et là, tu fais beaucoup moins le malin. Parce que du coup, c’est pas qu’il le faisait, mais lui, c’est pareil. C’est parti un peu en retard. D’un coup, je ne sais pas quoi, sur une destination, il y a 40 conteneurs qui ont quitté le navire. Et puis, tu ne sais pas pourquoi, tu te retrouves dedans. Et puis, d’un coup, tu es tellement content de ton coup que tu ne fais rien du tout. Donc, c’est extrêmement fragile. Donc, moi, je suis content parce que mon dernier, il est arrivé 10 jours avant, ce qui n’était pas beaucoup, mais sans le dernier conteneur 10 jours avant, le projet tombait à l’eau. Donc, tu es juste content de savourer que tu as tout fait un peu comme ça à l’arrache, mais aussi en anticipant. Mais tu es content d’y être arrivé. Et puis, une autre fois, je m’y prendrai différemment. Puis, il y aura d’autres soucis que je n’ai pas vu venir. En tout cas, sur cette expérience-là, il n’y a pas de faute de goût. Il n’y a pas de choses que, il n’y a pas de regrets. Parce que peut-être aussi que c’est pour ça que j’étais très ému. On a tout donné. On n’a pas été récompensé par la météo, mais ça, ça fait partie du jeu. On sort le match à une journée de l’ouverture. Franchement, c’était l’œuvre la plus monumentale de toute la Playa. Tu as amené 30 tonnes de ferraille de fabrication française là-bas et tu sors ça J-1. Tu peux juste savourer et être profondément heureux intérieurement. Après, tout le reste, c’est de la fatigue. Mais ça, on s’en fout parce que c’est le prix à payer pour y arriver. C’est parce que tu as payé ce prix que c’est encore plus beau. En gros, il y a plein de méthodes où je pourrais gagner du temps, de l’énergie, de la fatigue, mais je pense que ce serait moins rigolo. Ce serait sans doute trop surfait ou trop « m’as-tu-vu ». Là, je pense que les gens qui nous ont suivis ont aimé ça, on n’a pas triché, on a dit comme c’était chaque jour, nos inquiétudes pour le gaz, le machin, le truc, et c’était parce que c’est, en fait, c’est ça la vraie vie d’une vraie œuvre, et donc je ne dirais pas la même chose si on n’avait pas sorti le projet, et on l’a sorti, il a plu, franchement, moi je, je ne pouvais pas rêver mieux, et rien que d’en parler, ça me touche encore, parce que je suis parti chercher pas l’impossible, mais le meilleur de moi-même, au plus profond de moi-même, avec une équipe incroyable. Tout ça, je l’ai reçu. Je l’ai reçu profondément. Je peux juste dire merci et bravo à toute mon équipe, à tous ceux qui ont cru dans ce projet. Je me dis merci aussi parce que j’ai eu plein d’occasions de caler, de me dire qu’il ne fallait plus, qu’il fallait regarder que devant, à un moment donné franchement il y a eu des surtout aussi en termes de coups quand tu vois que ça dépasse l’entendement. Je me suis forcé à pas penser à ça, j’espère que je serai récompensé par la suite de l’histoire mais ça c’est encore un autre, c’est le cas de le dire, c’est une autre histoire. Mais je me suis forcé à rester dans ma bulle, à me dire tu te concentres ce qu’il faut c’est y arriver le plus beau ça sera d’y être arrivé Le reste, j’ai envie de dire, ça viendra ou ça ne viendra pas, mais ça sera une fois de plus un autre challenge. Mais même moi, plein de fois, je me suis dit, mais là, ce n’est pas raisonnable. Précisément au moment des conteneurs, quand tu es perdu, que tu vois que ce n’est jamais fini, que tu rajoutes des coups sans arrêt. À un moment donné, tu comprends même que ton histoire, elle a du sens d’aller au bout, mais ça te rattrape.Donc là, je me suis interdit de changer de cap, de dire que tu as un rêve et tu vas au bout de ton rêve et à un moment donné, tu seras récompensé ou pas. Et j’ai juste mesuré la chance d’être récompensé quand ce rêve, il aboutit.

 

Nicolas Guillermou : Alors justement, sur la suite de l’histoire, déjà sur la fin, le Burning Man, le Man brûle le dernier dimanche soir. Le lundi, c’est la dernière journée. Ensuite, il y a la plupart des festivaliers qui s’en vont. Il y a les œuvres qui ont brûlé. Alors, tout est ramassé. La Playa est laissée vraiment parfaitement nickel comme quand les gens arrivent. Ça, c’est hyper important de se le dire parce que quand on imagine un tas de cendres, même les cendres sont ramassées. C’est vraiment nettoyé impeccable. Vous, vous avez votre œuvre qui est encore debout. La dimension artistique se prend fin finalement. Est-ce que tu peux nous raconter l’après ? Parce qu’elle a été un peu moins documentée aussi sur les réseaux. Il faut tout redémonter, il faut tout redéplacer. Qu’est-ce qui devient Eiffela, dans les jours qui suivent la fin du Burning Man ?

 

Philippe Maindron : Très, très vite. Tu fais très bien de le dire. On est sommé, parce que c’est le mot qui convient, de quitter la Playa. Et donc, ça finit bien le lundi, comme tu dis. Et le jeudi, techniquement, tout le monde est parti. Les 70 000 personnes, les œuvres d’art au kilomètre, les camps, il n’y a plus rien. Tout doit disparaître de la circulation et tout doit être nettoyé, comme tu l’as souligné. Voilà, parce que ça fait partie des valeurs de Burning Man. Et tu laisses le terrain dans l’état que tu l’as trouvé. Et ça, c’est incontournable. Ils sont d’une rigueur. Ils sont à cheval comme ce n’est pas permis. Donc voilà, tu t’attelles à cette œuvre, à cette mission. Et là, tout va très vite. Donc nous, on a fini le jeudi soir, comme prévu. Nos camps ont été démontés, nos 30 tonnes de ferraille, tout, tout, tout. On est partis le jeudi soir. On était contents d’ailleurs, parce que c’était une belle équipe. Et puis là, ce n’est pas le moment le plus rigolo, mais tu dis que tu n’as pas le choix. Et puis nous, on était encore sur notre nuage, que ça s’était tout bien mis.Donc on s’est dit, voilà, maintenant c’est la fin, savoure tout ce que tu peux jusqu’au bout. Puis on a été vraiment récompensés, ce que je disais tout à l’heure aussi, on est quand même partis dans les derniers. Et là, on a pu aussi rencontrer l’organisation qui nous a remerciés, qui a reconnu avoir cru à notre projet beaucoup trop à retardement, mais qu’on avait été exemplaires, on ne s’était pas fait remarquer. Non seulement on n’avait pas fait remarquer pour la construction ça avait bien déroulé mais qu’on s’était fait remarquer aussi dans le bon sens par rapport à l’oeuvre et tout ce qu’elle avait dégagé comme aura comme finalement son message. Donc très bien et là on était content parce qu’ils nous ont même demandé à l’inverse de toutes les oeuvres d’art qui se démontaient encore plus vite nous d’y aller jusqu’au lundi soir parce qu’elle était trop belle parce qu’ils avaient envie que qu’on clôt un peu ces espèces d’éditions à 2026, parce que sans qu’ils nous le disent, je pense qu’ils s’étaient quand même mis à profondément aimer l’œuvre eux aussi, et là je parle d’organisation. Donc du coup, c’est là qu’ils nous ont fait comprendre que certaines œuvres peuvent revenir chaque année, c’est le cas de très peu, ils nous ont vraiment invité à revenir en 2027, chose qui est à l’étude d’aujourd’hui.

 

Nicolas Guillermou : Alors justement, Eiffela, est-ce qu’elle est toujours aux Etats-Unis ? Est-ce qu’elle est rentrée en France ? Et puis, il y a eu une hypothèse de la vendre aux enchères et puis qui a finalement été annulée. Parce que justement, je crois que dans ta tête, l’idée, c’était finalement de ne pas t’en séparer parce qu’elle était devenue trop importante émotionnellement, c’est ça ?

 

Philippe Maindron : Oui. Oui, alors pour ma vie d’idée, avant de partir, de toute façon, ça retombera très vite. Ce que j’avais peur aussi. Et puis dans le lot, ça serait une œuvre d’art parmi les autres. Donc en gros, l’intérêt de la vendre rapidement et aussi en précisant que la personne potentiellement intéressée serait à Burning Man. Voilà, il y a des œuvres d’art qui se vendent, même si ça ne se dit pas comme ça, parce qu’on ne peut pas parler trop d’argent là-bas. Mais il y a des gens qui achètent des œuvres d’art. Et on m’avait dit, la personne sera là physiquement et elle aura un coup de cœur, elle achètera. Donc il faut vendre ça le plus vite possible. Ce qui était acté, puisque le vendredi 14, le lundi 14 septembre à 19h de Paris, je devais la vendre. Moi, j’étais dans l’avion sous le retour. Et là, je me dis, mais il y a un truc qui est bizarre parce que moi, je la vends. Forcément, il faut que je la vende. J’ai fait un emprunt. Je rappelle que j’ai fait un emprunt de 400 000 euros, que l’œuvre d’art a coûté 500 000 euros. Je mets tout, Et voilà. Et donc, il n’y a pas d’aide. Il n’y a pas de subvention. Il n’y a personne d’autre qui gravite autour de Maindron Production, on va dire, pour mener ce projet à bout. Et donc, l’idée, c’est forcément de se dire plus la vendre vite, plus mieux t’es. Le problème, c’est moins bien t’es aussi, parce que tu te sépares de quelque chose qui est chargé en émotions, en affections. Et moi, j’étais encore complètement sur mon nuage. Et une fois de plus, elle n’était pas oubliée, elle était en haut de l’affiche. Alors tu te dis, mais comment je peux m’en séparer ? À ce moment-là, précisément, j’ai un acheteur à 500 000 dollars, qui était le prix de vente. Par contre, il n’y avait pas forcément plusieurs personnes inscrites pour finalement peut-être valoriser ces enchères-là. Puis au-delà de ça, d’un seul coup, d’un seul, je n’ai plus envie, parce que la vente, c’est s’en séparer, c’est la mort dans l’âme. Et puis peut-être que finalement, je retombais sur mes pieds, sur mes petits, parce que j’avais vendu le prix coûtant. Mais est-ce que c’est ça, finalement, l’essentiel de la vie, de ma vie, de ce projet ? Je n’arrivais plus. Donc j’ai dit « Bon je pense que l’urgent, en fait, il n’est plus la vendre et de peut-être de la laisser pour l’instant aux Etats-Unis, voir ce qu’elle va devenir dans l’année. Peut-être refaire un Burning Man ». En tout cas, de raconter des belles histoires. Et m’est venue aussi, alors après l’idée de faire une espèce de collection d’œuvres d’art limitées. Et ça, c’est pas toujours facile à comprendre, mais dans le monde de l’art, je suppose que tu allais me poser la question. J’ai eu le droit de faire l’œuvre authentique, celle qu’a fait Burning Man, avec des petits frères et des petites sœurs au nombre de sept, donc une plus 7, donc 7 répliques originelles qui vont avoir chacune leur histoire, leur prix et leur parcours. Donc je suis un peu là-dedans dans l’idée, non seulement de continuer à faire vivre le parcours de la vie de la première, mais surtout à donner vie à d’autres frères et sœurs que j’aimerais s’aimer dans le monde.

 

Nicolas Guillermou : C’est incroyable, un vaste projet. Est-ce que tu sais si, aussi, il y aura du contenu, par exemple, documentaire, livres, ce genre de choses qui sont en projet, qu’on pourra retrouver peut-être plus tard pour continuer de vivre à tes côtés cette incroyable aventure.

 

Philippe Maindron : Alors, ça va demander un petit peu de temps, mais oui, oui, forcément. Alors, un livre, pourquoi pas, parce que l’histoire, elle est plutôt attachante. Et puis moi, j’ai fait mon petit carnet de bord tous les jours. Donc, j’écris les hauts, les bas. Là, je touche le fond. Je pleure encore parce que ça va bien ou ça va pas bien, mais j’ai raconté, je me suis noté tout ça parce que c’était beau, d’ailleurs pour moi, de formaliser, de garder une trace. Donc les photos, c’est pas ce qui va manquer, donc pourquoi pas faire un livre. Mais en tout cas, ce qui est sûr, c’est qu’il va sortir un film, peut-être même sans doute deux, un à 26 minutes, qui sera peut-être très artistique, moins dans l’histoire totale, mais dans le Burning Man, dans la beauté du geste de Burning Man et dans la beauté de Eiffela Broken Dream, là-bas précisément, mais pas avec elle. Avec tout l’environnement, on a des images incroyables. J’avais deux professionnels qui m’ont suivi pendant 8-10 jours. J’ai pu voir les images, c’était à couper le souffle. Donc, eux, ils vont sortir à 26 minutes. Et nous, en interne…

 

Nicolas Guillermou : Qui sera diffusé, ce 26 minutes ?

 

Philippe Maindron : Qui sera diffusé. L’idée, c’est de concourir à des concours de courts-métrages en cinéma, de film de concours…

 

Nicolas Guillermou : De festival de court-métrage.

 

Philippe Maindron : De festival de court-métrage, on va essayer de cibler ça puis après il y a un 52 minutes qui va sortir fait en interne parce qu’une fois de plus là on va reprendre toute la genèse l’histoire, le début, les calculs les embrouilles, les joies, les peines on va raconter l’histoire. Voilà, on va prendre le temps de la raconter et ce que j’aimerais c’est la présenter comme une espèce de film documentaire dans une salle de cinéma puis après je me prêterai au jeu des questions parce que je suppose qu’il y en aura. En tout cas je sais qu’il n’y aura pas mieux pour le raconter ou pour le partager que de le visionner et on a franchement beaucoup trop de belles images pour les garder, donc voilà ce film est commencé et j’espère qu’il sortira en mars-avril l’année prochaine.

 

Nicolas Guillermou : On reviendra le voir.

 

Philippe Maindron : Et là on en reparlera avec plaisir mais on va mettre du temps parce que toute l’équipe qui nous ressemble ces films on veut qu’ils soient fidèles à ce qui s’est passé on va pas tricher, on va dire les choses comme elles sont. Il y a ce que vous avez vu entendu sur les réseaux mais il y a toutes ces archives aussi qu’on a qu’on garde précieusement et qu’on va qu’on va qu’on va léguer au plus grand nombre parce que parce que moi, ce qui est beau, c’est de faire voir qu’on y est arrivé. Et c’est surtout, j’ai envie de donner aux gens l’envie de partager leur rêve, ici ou ailleurs dans d’autres projets. Mais se dire que quand tu y crois profondément, tu donnes tout. Et puis quand tu es récompensé, j’ai dit, voilà, 25e fois, tu es juste heureux intérieurement. Et j’ai envie de faire partager ça à tous ceux qui en douteraient encore. Je le disais dans mon film de bande-annonce, il y a un an, à tous ceux qui en doutent, je vais leur dire qu’il faut aller au bout de vos rêves et finalement que c’est possible parce qu’il y avait plein d’occasions que ça capote et on a tenu, bon, et on y est arrivé. Voilà.

 

Nicolas Guillermou : Écoute, merci beaucoup Philippe, tu nous as fait rêver, tu nous as fait rêver avant, tu nous as fait rêver pendant et on rêve encore, on a hâte, hâte de la suite, à des suites de cette magnifique aventure. Donc, merci pour tout. Merci beaucoup. Et surtout, n’oubliez pas, dans l’événementiel, on n’a pas un métier facile, mais c’est quand même mieux que de travailler.

 

Philippe Maindron : Ah, elle est très bonne celle-là.

 

Nicolas Guillermou : Merci beaucoup d’avoir écouté jusqu’au bout ce podcast de Good Morning Event. N’hésitez pas à mettre une note de type 5 étoiles sur les plateformes à travers lesquelles vous écoutez le podcast et même un petit commentaire sur Spotify. Ça aidera pour son référencement. Vous pouvez également nous envoyer un petit mail à l’adresse qui est indiquée en description pour nous conseiller de futurs invités ou nous faire part de vos impressions. Et à très bientôt pour un nouvel épisode.