Et si les plus grands événements de ces quarante dernières années avaient tous un point commun ? Derrière les lancements de voitures à Abu Dhabi, les défilés de mode 100% en intelligence artificielle pendant la Fashion Week de Paris ou encore les Journées Mondiales de la Jeunesse réunissant 1,2 million de personnes, on retrouve la même signature : le groupe Hopscotch. Dans ce nouvel épisode de Good Morning Event, Nicolas Guillermou reçoit Frédéric Bedin, président du directoire du groupe, pour un échange aussi rare que passionnant.
Ce que raconte Frédéric Bedin, c’est bien plus qu’une success-story entrepreneuriale. C’est l’histoire d’une profession qui s’est construite de toutes pièces, d’une époque où le mot « événementiel » n’existait même pas encore comme substantif, jusqu’à aujourd’hui où l’événement live est devenu le levier le plus puissant pour les marques, bien au-delà de la publicité traditionnelle.
Entre sérendipité, engagement filière et vision résolument internationale, Frédéric Bedin livre dans ce podcast ses convictions les plus profondes sur l’avenir d’un secteur qu’il a contribué à façonner. Un témoignage à la fois intime et stratégique, enregistré à Nantes à l’occasion de sa conférence pour le Bureau des Congrès Nantes Saint-Nazaire.
Tout commence en 1986. Frédéric Bedin et son associé Benoît Desveaux montent une petite structure pour organiser des soirées étudiantes, baptisée Délires. Cinq salariés plus tard, les deux fondateurs décident de ne pas envoyer leurs CV chez Thalès ou L’Oréal. L’aventure entrepreneuriale est lancée.
La première grande bascule arrive très vite, avec un contrat pour la fondation Cartier en 1986, décroché grâce à une amie secrétaire, un devis fait dans la nuit et quatre mois de travail non rémunéré. Une référence qui ouvrira pourtant les portes de presque quarante ans de collaboration avec la maison. C’est là que se dessine l’ADN d’Hopscotch : une capacité à imaginer, produire et livrer des contenus événementiels exigeants, de A à Z.
Rapidement positionnée comme sous-traitante des agences de relations publiques parisiennes, la structure comprend vite qu’elle réalise l’essentiel du travail sans en récolter la reconnaissance. La décision est prise de devenir concurrent de ces mêmes agences, en créant Le Public Système, puis en construisant un groupe intégré mêlant événementiel, relations publiques et marketing digital, ce qui deviendra Hopscotch tel qu’on le connaît aujourd’hui.
L’arrivée d’Internet au milieu des années 90 aurait pu fragiliser les agences événementielles. Pour Hopscotch, elle a eu l’effet inverse. En devenant l’agence de relations publiques européenne de Netscape, le groupe s’est formé en avance de phase aux enjeux du numérique et du business international. Microsoft, Apple, les grandes marques tech ont suivi. Et avec elles, une nouvelle façon de penser l’événement : non plus comme une fin en soi, mais comme le point de départ d’une amplification digitale globale.
Frédéric Bedin illustre parfaitement cette évolution avec l’opération Motorola pendant la Fashion Week de Paris. Plutôt que de tenter de placer un téléphone dans un défilé classique, Hopscotch imagine et produit le premier défilé de mode 100 % généré par intelligence artificielle, costumes, mannequins et musique compris. Résultat : des centaines de millions de vues dans le monde entier, bien au-delà des frontières françaises et des objectifs initiaux du client.
C’est précisément ce positionnement qui différencie Hopscotch de la concurrence : la capacité à concevoir des opérations complexes où événementiel, RP et digital s’imbriquent, avec des indicateurs de performance mesurables, des KPIs orientés business et non plus seulement des retours sur la qualité du buffet ou la fluidité du vestiaire.
Présent dans 40 pays, Hopscotch s’est construit une position unique sur les marchés internationaux, notamment au Moyen-Orient. À travers le rachat du réseau Sopexa, spécialisé dans la promotion des produits agroalimentaires français à l’étranger, et le développement de filiales from scratch à Riyad et au Qatar, le groupe s’est imposé comme un acteur de référence sur des marchés en pleine transformation culturelle et économique.
L’un des faits marquants de cette implantation : le gain de l’appel d’offres pour accompagner l’Arabie Saoudite dans sa candidature à l’Exposition Universelle 2030. Une mission de plus d’un an et demi qui a donné au groupe une visibilité et une légitimité locales considérables. Dans la foulée, Hopscotch a produit le Red Sea International Film Festival à Jeddah, un festival de cinéma et marché du film qui ambitionne de rivaliser avec Toronto, Cannes ou Busan.
Pour Frédéric Bedin, la situation géopolitique actuelle dans la région est une parenthèse, non une tendance de fond. Ces pays ont une culture profonde de l’événement comme outil de communication, et la reprise, lorsqu’elle viendra, devrait être d’autant plus forte que la demande de valorisation de ces territoires reste intacte.
C’est l’un des concepts les plus frappants abordés dans cet épisode. La sérendipité, du terme anglais serendipity, désigne la faculté de trouver des choses que l’on ne cherchait pas. Dans l’univers des salons professionnels et des événements B2B, elle représente souvent la source des meilleures opportunités business.
Frédéric Bedin la distingue clairement du simple hasard : c’est une posture, une façon d’aborder un salon en croisant toutes les allées, en levant les yeux, en acceptant d’être surpris plutôt que de s’enfermer dans un agenda de rendez-vous préétablis. Le stand qui attire l’attention entre deux rendez-vous prévus peut être à l’origine du partenariat le plus inattendu et le plus fructueux.
Cette logique s’applique aussi à la conception même des événements professionnels. Un bon événement ne se contente pas de faciliter les rencontres prévues ; il crée les conditions pour que l’imprévu devienne une opportunité. C’est là que réside une partie de la valeur que les agences événementielles apportent à leurs clients, bien au-delà de la simple production logistique.
La question traverse tout l’épisode en filigrane et Frédéric Bedin y répond avec une conviction tranquille : l’événement live ne disparaîtra pas. Bien au contraire. L’intelligence artificielle, en inondant les plateformes de contenus générés automatiquement, musique, images, textes, va paradoxalement renforcer la valeur de ce qui est rare, authentique et partagé en présence.
Il cite l’exemple du secteur musical : là où les revenus se faisaient autrefois sur les disques puis sur les plateformes de streaming, c’est désormais le live qui concentre les investissements des artistes et l’engagement des publics. Le même mouvement est observable dans l’automobile, avec un Mondial de l’Auto 2026 complet depuis mi-décembre 2025, sans un mètre carré disponible, alors que de nombreux constructeurs doutaient encore de la pertinence des salons il y a quelques années.
La leçon est claire pour les professionnels de l’événementiel : ce que l’IA ne peut pas reproduire, c’est l’expérience collective, physique, émotionnelle et non duplicable d’un moment vécu ensemble. Et c’est précisément ce que les événements professionnels, séminaires, conventions, lancements ou festivals, continuent d’offrir mieux que n’importe quel autre format de communication.
Cet épisode de Good Morning Event avec Frédéric Bedin est une leçon d’histoire vivante autant qu’un manifeste pour l’avenir. Quarante ans après avoir organisé ses premières fêtes étudiantes, le président d’Hopscotch reste convaincu que l’événement est le média le plus puissant qui soit, à condition de le concevoir avec ambition, de le mesurer avec rigueur et de l’amplifier avec intelligence. Une vision que Zen Organisation partage pleinement, au quotidien, pour ses clients.
Générique : Bonjour à toutes et à tous et bienvenue sur Good Morning Event, le podcast de l’événementiel.
Nicolas Guillermou : Bonjour à toutes et à tous et bienvenue sur le podcast de Good Morning Event. Aujourd’hui, je suis avec Frédéric. Frédéric, bonjour.
Frédérique Bedin : Bonjour Nicolas.
Nicolas Guillermou : Tu t’appelles Frédéric Bedin et tu es le président du directoire du groupe Hopscotch.
Frédérique Bedin : Absolument.
Nicolas Guillermou : J’ai la chance de te recevoir aujourd’hui à Nantes, car tu es l’invité d’honneur du Bureau des Congrès de Nantes Saint-Nazaire et d’Olivier Le Floch. Et juste avant ta conférence, on a la chance de t’avoir pour ce podcast exceptionnel. Pour démarrer, est-ce que tu pourrais en quelques mots nous expliquer ce qu’est le groupe Hopscotch ?
Frédérique Bedin : Alors Hopscotch, c’est une agence qui fait de la communication en faisant 50% d’événementiel, 50% de relations publiques et 50% de digital. Et on est présent dans 40 pays, mais à l’origine on est français, mais aujourd’hui on fait plus de 60% de notre activité en dehors de France.
Nicolas Guillermou : Je crois que l’aventure, elle démarre dans le début des années 80. Est-ce que tu peux nous raconter un petit peu, qui étais-tu à ce moment-là ? Un étudiant, un jeune salarié ?
Frédérique Bedin : Alors, j’étais étudiant. J’étais étudiant et avec mon ami Benoît Desveaux, qui est toujours mon associé, on a monté une boîte pour organiser des fêtes d’étudiants. C’était assez classique, finalement. Et quand on a eu fini nos études, lui, il était ingénieur en électronique et moi, j’avais fait de la finance à Dauphine. Quand on a fini nos études, on s’est retrouvés avec cinq salariés et on s’est dit, on ne va peut-être pas envoyer un CV, lui chez Thalès et moi chez L’Oréal. On va essayer de voir si on peut développer notre activité. Donc, c’est comme ça que ça a commencé.
Nicolas Guillermou : Ça ne s’appelait pas Hopscotch au départ.
Frédérique Bedin : Ça s’appelait Délires, avec un S parce qu’il y avait de l’ambition.
Nicolas Guillermou : Ça s’est appelé Délires. Et alors, raconte-moi, peut-être, c’est quoi le premier gros événement marquant de cette aventure ?
Frédérique Bedin : En fait, assez vite, on a eu la chance de travailler pour Cartier, pour la fondation Cartier. On avait une copine qui était secrétaire chez Cartier, qui a entendu dire qu’il cherchait une boîte capable de monter une grande exposition. C’était en 1986, sur le thème des années 60. Et ils avaient fait une scénographie avec des scénographes et des artistes connus. Mais il fallait construire tout ça. Et donc, on a fait un devis dans la nuit. qui s’est avérée pas chère, donc ils nous ont dit oui tout de suite. Bon, c’était trop pas cher, donc on a travaillé pendant 4 mois, nuit et jour, sans être payé. Mais en revanche, ça a été forcément une référence magnifique. Et depuis 40 ans, on travaille pour Cartier. Enfin, pas 40, mais bientôt 40, 39 et demi.
Nicolas Guillermou : Alors, on est à une époque où c’était totalement différent. Je crois que le mot événementiel, par exemple, n’existait même pas.
Frédérique Bedin : Il existait, mais c’était un adjectif. et faire de l’événementiel, c’était un néologisme, donc un mot inventé. D’ailleurs, quelquefois, on disait, on fait de l’événementiel et les gens nous reprenaient en disant, c’est pas français, monsieur. Donc, évidemment, on a fait changer un certain nombre de choses. Et puis, je racontais l’expérience des premiers grands événements qu’on a fait pour des clients directement. Mais assez vite, comme on avait 22 ans, 23 ans, les gens ne nous faisaient pas forcément tous confiance, il fallait être très audacieux pour confier un événement important à une boîte comme ça. Donc on s’est positionnés comme les sous-traitants des agences de relations publiques qui avaient besoin, elles, d’organisateurs d’événements pour les conférences de presse, les lancements de produits. Et on est vite devenus le sous-traitant de toutes les agences de relations publiques de France. Jusqu’au jour où on s’est aperçu que finalement nous, on imaginait des trucs, on faisait les devis, on construisait les décors, on déchargeait les camions, on aidait les traiteurs en cuisine. Et à la fin, quand tout le monde était content, le client remerciait l’agence de relations publiques, mais pas nous. Et on avait l’impression d’avoir fait un peu tout le boulot. Du coup, on a proposé à une de ces agences, qui s’appelait Promo 2000, de s’associer. ce qu’on a fait. Et au lieu de travailler pour toutes les agences de relations publiques, on est devenu concurrent de ces boîtes. Et on a créé une boîte qui s’est appelée Le Public Système après, qui avait pour vocation de faire des relations publiques plus que de l’événementiel, même si on n’avait pas perdu notre ADN, qui était d’inventer des contenus événementiels pour bien faire des RP.
Nicolas Guillermou : Raconte-nous un peu, pour les plus jeunes d’entre nous, pour s’imaginer aujourd’hui dans un monde du numérique, du mail, du téléphone portable et de l’instantané. Comment est-ce qu’on travaillait comme ça il y a 30-40 ans avec les moyens technologiques de l’époque ?
Frédérique Bedin : D’abord, quand on imaginait un événement qui avait pour but de recevoir 100 personnes ou 1000 personnes, le média le plus important, c’était le carton d’invitation. Donc, on expliquait à nos clients, vous voulez avoir 500 personnes à votre événement, envoyez 5000 cartons. Ils disent, même s’ils viennent tous. Non, mais rassurez-vous, ils ne viendront pas tous. En revanche, vous allez avoir 5000 amis qui savent que vous avez pensé à eux. Donc, on envoyait des cartons d’invitations en papier. Par la poste, ou même, quelquefois, on les faisait porter par des coursiers. Et ça, c’était le chic du chic. Et les invitations étaient soignées, sophistiquées, accompagnées de cadeaux, quelquefois. Et puis après, il y avait l’événement lui-même. Ceux qui avaient fait l’effort de se déplacer, ils étaient évidemment contents d’y être. Mais il n’y avait pas l’engagement sur les réseaux sociaux. Donc, comment on faisait pour que cet événement soit visible ? On invitait des journalistes. On leur demandait de parler de l’événement, d’avoir des photos dans la presse. C’était extrêmement important. Donc, avoir des personnalités qui sont présentes, ça aidait à ce qu’il y ait des retombées dans la presse. Et puis, ce qu’on expliquait à nos clients là aussi, c’est que si Paris Match est venu, que Paris Match consacre une page à votre événement, ou deux pages, ou trois pages, je vous suggère d’acheter 5000 exemplaires de Paris Match et d’envoyer ces exemplaires aux 5000 personnes à qui vous aviez envoyé un carton d’invitation. Comme ça, même les 4500 qui ne sont pas venus, ils auront un peu l’impression d’être venus. Et puis, ils pourront dire, j’avais été invité, et puis j’ai le compte rendu dans Paris Match, et ils vont raconter à leurs amis qu’ils y étaient. Ce qui fait qu’il y a beaucoup d’événements de l’époque où on entend dire, ah, c’était formidable, j’y étais. En fait, nous, on sait très bien que seulement 1 sur 10 de ceux qui disent y avoir été, y étaient vraiment. On a l’exemple avec le festival du film d’Avoriaz, que l’on peut être connu des plus anciens, qui s’est arrêté il y a maintenant 35 ans. Mais le festival d’Avoriaz, tous les gens qui me disent qu’ils y sont allés, en fait, il y a beaucoup plus de 9 menteurs sur 10. Parce que le festival d’Avoriaz, il y avait 200 places dans le cinéma. Et puis, il y avait un hôtel de 40 chambres et les autres étaient logés dans des appartements Pierre et Vacances. Donc, la plupart des gens qui disent qu’ils sont allés au Festival d’Avoriaz, soit ils mentent sciemment, soit leur imaginaire a reconstruit une présence sur place qui était impossible.
Nicolas Guillermou : C’est la magie aussi de faire croire qu’on y était.
Frédérique Bedin : Voilà.
Nicolas Guillermou : L’événementiel à l’époque, est-ce que c’était quelque chose d’automatique comme ça l’est aujourd’hui pour les annonceurs ? Ou est-ce qu’il fallait justement un peu les forcer, les inciter, ou leur démontrer l’intérêt de ce genre de pratiques ?
Frédérique Bedin : Alors, c’était automatique. Il y avait déjà beaucoup d’événements, mais pas forcément pour les mêmes populations. Par exemple, toutes les grandes entreprises qu’on appelle aujourd’hui FMCG, les entreprises qui vendent des produits de grande conso, essentiellement dans la grande distribution, ils dépensaient beaucoup de temps et d’argent pour réunir leurs vendeurs. Et aujourd’hui, c’est très simple. on peut faire un Teams et expliquer la nouvelle stratégie pour présenter un shampoing ou des cornflakes à l’ensemble de ces distributeurs. A l’époque, ce n’était pas possible. Donc, il y avait beaucoup, beaucoup de forces de vente qui allaient, comme on dit, sur la route, avec des produits dans le coffre de la voiture de fonction, et qui allaient les présenter aux chefs de rayon dans tous les magasins de France. Et ces forces de vente, il fallait les réunir deux, trois, quatre fois par an pour leur présenter les nouveaux produits. Et ça, c’était une grande partie de l’activité des sociétés d’événements. On appelait ça des conventions de force de vente. Et il y en avait dans le monde entier et évidemment en France beaucoup. Et ça a disparu quasiment complètement. Mais aujourd’hui, il y a énormément d’événements pour les influenceurs. Et ces influenceurs, ils n’existaient pas, à part les journalistes. Et il y avait déjà beaucoup de conférences de presse. Et les conférences de presse aujourd’hui, les journalistes y vont moins. Donc souvent d’ailleurs, on dit à nos clients que ce n’est pas la peine d’en faire. mais à l’époque il y avait beaucoup de conférences de presse et un journaliste passait ses journées à aller de conférence de presse en conférence de presse parce que c’était le moyen de récupérer des informations, de voir les produits de rencontrer des gens.
Nicolas Guillermou : On a bien avancé en années aujourd’hui le groupe Hopscotch, on l’a dit tout à l’heure c’est assez énorme. Est-ce que tu peux nous résumer un peu comment ce groupe s’est construit au fil des années avec toutes les entités qui font partie du groupe aujourd’hui ?
Frédérique Bedin : En fait, là, on se racontait l’ancien temps, on va dire le temps où Google n’existait pas. Et effectivement, mon prof de marketing à Dauphine, il n’était pas très bon parce qu’il ne m’a pas dit qu’en 1995 allait arriver Google et que déjà dans les années 90 allait arriver Internet. Il ne l’avait pas vu venir. Et du coup, il est clair que la capacité d’amplifier la visibilité des événements sur Internet a été un accélérateur de business énorme. Et comme toujours, les nouveaux médias ne font pas disparaître les anciens, mais ils les permettent de les utiliser différemment. Et donc l’arrivée d’Internet a fait qu’on a commencé à faire des web TV, à faire des blogs, à faire des invitations sur les réseaux sociaux, et non plus en papier, etc. Chez Hopscotch, qui s’appelait à l’époque le Public Système, on s’est mis très vite à Internet. On a eu la chance d’avoir été formé parce qu’on a été l’agence de RP dans toute l’Europe d’une société qui s’appelait Netscape, qui avait été fondée par un des plus grands investisseurs de San Francisco qui s’appelle Marc Andreessen, qui est toujours actif et qui a contribué au développement de plein de startups à San Francisco. Et Marc Andreessen, il est le premier à avoir créé ce browser qui s’appelait Netscape qui avant même l’arrivée de Google permettait de naviguer sans être obligé de taper toutes les adresses mail qui étaient super compliquées,c’était un enfer et donc tout le monde a téléchargé Netscape dans le monde entier donc il est devenu très riche. Et nous, on n’avait jamais entendu parler de ça. Mais il est venu en Europe et il cherchait une agence de RP. Et c’est nous qui avons eu la chance d’être choisis. Et il nous a dit, depuis Paris, vous faites toute l’Europe. Alors on lui a dit oui. En fait, on n’était pas capable de le faire au début. Donc on s’est empressé d’aller trouver des partenaires dans tous les autres pays d’Europe, d’autres agences de RP. Et ça a été notre première expérience dans la tech à l’international. Et ça nous a formés aussi très vite au business international. Et donc, quand Internet s’est développé, on a accompagné toutes ces boîtes de tech un peu partout en Europe. Et on a eu la chance d’avoir des très grands clients comme Microsoft, par exemple. D’abord Apple, puisqu’on avait monté Apple Expo, là pour le coup qu’en France. Et puis Microsoft qu’on a accompagné partout en Europe. Mais c’est vrai que je cite Apple parce que j’ai eu la chance de rencontrer Steve Jobs et Steve Wozniak quand ils étaient passés à Paris.
Nicolas Guillermou : Ça devait être mémorable.
Frédérique Bedin : Ils ne se souviennent pas de moi à mon avis, mais moi je me souviens d’eux.
Nicolas Guillermou : Si on recentre sur l’événementiel aujourd’hui dans le groupe Hopscotch, il y a Hopscotch Event, Sagarmatha, peut-être il y en a d’autres dont je n’ai pas retenu le nom. Quelle est la place de l’événementiel et comment ça s’articule avec les autres métiers ?
Frédérique Bedin : Comme je disais tout à l’heure, en fait, on fait 50% d’événementiel, 50% de relations publiques et 50% de marketing digital. Parce qu’aujourd’hui, tout est imbriqué. Et c’est très rare des clients qui viennent chez nous seulement pour produire un événement. Et puis, je dirais que quand c’est juste pour produire un événement, on va avoir beaucoup de concurrents. Alors que dès qu’il faut imbriquer des RP, du digital et de l’événementiel, là, on a beaucoup moins de concurrents, voire pas du tout de concurrents. Et surtout, si c’est un peu international, là, on n’en a plus. Donc on vient beaucoup nous voir pour des opérations complexes comme ça et c’est ça qu’on aime bien faire parce que ça donne beaucoup de sens à ce qu’on fait ça permet aussi d’introduire des indicateurs de performance, des KPIs, discuter avec le client qui peuvent être bien au-delà de est-ce que c’était bien parce que le problème d’un événement souvent pour mesurer on demande aux participants s’ils ont aimé, si c’était bien fluide, si le dîner était bon et s’ils n’avaient pas la queue au vestiaire. Mais en fait, les besoins de nos clients, ce n’est pas du tout ça. Les besoins de nos clients, c’est d’augmenter leur vente, améliorer la loyauté des collaborateurs, développer l’image des produits, développer la notoriété des produits, développer leur marque employeur, agrandir leur réseau de distribution et tout ça dans des buts économiques. Et à la fin ce qu’on veut c’est augmenter les ventes et nous notre ambition c’est d’avoir concurrencer les agences de publicité historique traditionnelles dont on ne mesure pas la performance par est-ce que le film de pub est joli mais paraissent que les ventes sont bonnes. Donc moi si j’aide des marques de luxe, des marques de voitures, des marques de tech à développer leur business, je suis content. Notre ambition c’est de pouvoir avoir des grands clients dont on est une des agences conseil majeure en France,en Europe et si possible dans le monde et d’être traité au même niveau qu’ils traitaient leurs agences de publicité dans le temps, c’est-à-dire d’être des partenaires permanents, récurrents, de la direction générale, du président, de tout ce qui est C-Level pour les aider à développer leur business. Donc, on essaye de développer notre réseau avec les compétences nécessaires pour ça, allant du consulting à la production. Parce que la différence, pour le coup, entre nos métiers et les anciens métiers de la pub, c’était que quand une agence de pub vend une campagne à un annonceur, si le spot de pub n’arrive pas chez le client, c’est TF1 qui n’est pas payé parce que c’est TF1 qui a fermé son antenne. En revanche, nous, quand on dit qu’on va vous créer un événement international de vulgarisation de l’intelligence artificielle dans votre domaine, et on va faire venir tous les influenceurs qui peuvent convaincre vos clients d’utiliser ces technologies. Le client, il me regarde dans les yeux et à la manière dont je vais soutenir son regard, il va se sentir si je suis capable de lui livrer ce que je lui propose. Et donc que ce soit un festival de cinéma pour développer la notoriété d’une station de sport d’hiver ou d’une station balnéaire, ou bien le lancement d’une nouvelle voiture. Pour les influenceurs du monde entier, comme on a pu le faire pour Nissan par exemple récemment, le client compte sur nous pour l’imaginer, mais aussi le faire. Et ça, c’est une grosse différence.
Nicolas Guillermou : Tu parlais d’une implantation à la fois française, européenne et mondiale. Aujourd’hui, plus que jamais, c’est des sujets qui peuvent être compliqués, à la fois sur des sujets politiques franco-français, mais aussi en ce moment sur des sujets internationaux, notamment au Moyen-Orient. Est-ce que c’est une force ou une difficulté finalement ce côté mondial de la structure Hopscotch ?
Frédérique Bedin : C’est bien sûr une force parce que nos clients sont pour la plupart des entreprises internationales dont les problématiques ne sont pas étanches aux frontières. Par exemple, l’année dernière, on a été appelé par Motorola qui lançait un nouveau téléphone qui se plie en deux et ils voulaient en faire un objet de mode et ils nous ont demandé de faire en sorte que les téléphones Motorola soient dans les défilés de mode de la Fashion Week à Paris. Ce n’est pas facile de faire comme ça et on leur a dit que ça risque de ne pas être très efficace et on ne les verra pas à la téléphone et vous n’allez pas être content. Donc ce qu’on vous propose, c’est de faire un défilé de mode 100% en IA où tous les costumes qui vont défiler reprendront le logo Motorola avec les ailes qui sont très connues. Et tous les mannequins seront en IA, la musique sera en IA, les costumes seront en IA. Ce sera le premier défilé 100% IA. Et on va le lancer pendant la Fashion Week à Paris. Donc, ils nous ont dit chiche, on l’a fait. Et qu’est-ce qui s’est passé ? En fait, comme Internet n’est pas étanche aux frontières, le truc a eu des centaines de millions de vues dans le monde. Et donc, Motorola, qui appartient au groupe chinois Lenovo, dont le marketing est à New York, ils nous ont téléphoné en disant, mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? On ne sait pas nous qui l’avons commandé. Ils ont dit, ben non, c’est Motorola France. Mais bon, ce n’est pas grave. Ils ont dit, ben non, ce n’est pas grave, c’est super.
Nicolas Guillermou : C’est une caisse de raisonnement bien au-delà de ce qui était prévu.
Frédérique Bedin : Voilà, donc ça, c’est une jolie histoire d’un truc fait en France pour des clients internationaux, mais à la demande de la filiale France et qui a été un succès mondial. Et on aaussi des clients qui sont des marques mondiales. Je vous parlais de Nissan tout à l’heure. Nissan, on a fait le lancement mondial du nouveau Nissan Patrol, un énorme 4×4 qui n’est pas vendu en Europe parce que d’abord le moteur est trop gros pour les règlements carbone européens. Et ensuite, la voiture est trop grosse pour passer dans les rues en Europe. Donc, elle est plutôt faite pour les grands espaces américains, africains, moyen-orientaux ou asiatiques. Et on a fait le lancement mondial de cette voiture. Ça se passait à Abu Dhabi, on reviendra sur ce qu’on fait dans le Golfe, ça se passait à Abu Dhabi, mais le client donneur d’ordre, il est au Japon. La direction marketing, elle est en Angleterre. La direction des achats, elle est en Inde. Et les invités à l’événement, outre ceux du Golfe, ils venaient d’Asie, d’Amérique du Sud, d’Amérique du Nord et d’Australie. Donc, c’est un vrai business international. D’ailleurs, quand on me demande souvent ce business, vous le logez où ? Je le loge en France parce qu’en l’occurrence, ce sont des équipes commerciales françaises qui l’ont piloté. Mais rien ne s’est passé en France s’il n’y avait aucun Français impliqué, à part quelques créatifs et quelques équipes techniques.
Nicolas Guillermou : Tu parlais justement de votre implication au Moyen-Orient. C’est un secteur qui s’est développé vraiment sur les toutes dernières dizaines d’années, mais qui a moins d’historique sur pas mal de sujets. Comment vous avez fait justement pour vous implanter aussi fortement sur cette destination ?
Frédérique Bedin : Aujourd’hui, on est dans 40 pays et il y a des filiales qui ont été créées from scratch. On a racheté il y a une dizaine d’années un réseau qui s’appelait Sopexa, qui était le réseau en charge de la promotion des produits agricoles français dans le monde, qui était en gros indirectement détenue par l’État. Et on l’a racheté au fonds d’investissement à qui l’État l’avait confié. Et puis, on a aussi racheté un réseau de promotion du tourisme qui s’appelait Interface Tourisme. Tout ça s’appelle Hopscotch One aujourd’hui, Opscoach.one, c’est le nom de notre stratégie, donc ça s’appelle Hopscotch. Et puis, il y a des pays où on n’était pas et où on a créé des filiales. Alors, pour répondre à la question au Moyen-Orient, Historiquement, le réseau Sopexa était présent à Dubaï. Donc, Hopscotch Dubaï est présent depuis, du coup, si on revient à l’histoire de la société, depuis plus de 30 ans. Mais avec une tradition de promotion des produits agroalimentaires français. Essentiellement, les fruits et légumes, les fromages et pas l’alcool, puisque c’était interdit dans ces pays-là. En revanche, on n’était pas au Qatar et on n’était pas à Riyad. Donc on a développé à Riyad et au Qatar des filiales from scratch, plus focus sur l’événement, l’événement culturel, les événements sportifs. Et on a eu la chance de gagner l’appel d’offres pour aider l’Arabie Saoudite à gagner l’exposition universelle de 2030. Donc ça, ça a été une aventure passionnante. plus d’un an et demi de travail avec les Saoudiens. Et du coup, ça nous a donné beaucoup de visibilité en Arabie Saoudite. Et du coup, on a fait des grands événements là-bas. On vient de faire en décembre leRed Sea International Film Festival à Jeddah, qui est un immense festival de cinéma avec un marché du film qui va concurrencer les grands marchés comme Toronto, Cannes ou Busan en Corée. pour devenir probablement le plus grand marché du cinéma dans la région. Et on a eu la chance de gagner ça parce qu’évidemment, on est reconnu comme étant organisateur de festivals du film. En France, Gérardmer, Deauville, Reims bientôt. Mais on a fait aussi pendant 12 ans le festival de Marrakech. Donc ça va faire dans le cinéma. Et on est très bien implanté en Arabie Saoudite avec des équipes de production et un réseau de sous-traitants très connu, et la notoriété qu’on a eue localement grâce au gain de l’Expo Universelle avec l’équipe de la Royal Commission de Riyad. Donc aujourd’hui, au Moyen-Orient, on a Riyad, les Émirats Arabes Unis, et une implantation aussi qui est en train de se développer pas mal au Qatar. Évidemment, ce qui se passe en ce moment, ce n’est pas super pour l’activité au Moyen-Orient. Mais je suis assez optimiste, moi. Je pense que quand tout ça va se stabiliser, on peut imaginer une très, très forte reprise parce que ce sont des gens qui ont la culture de l’événementiel pour faire de la com. Et ils vont avoir plus que jamais besoin. Et surtout l’envie de montrer que leurs pays sont des destinations magnifiques, sont des endroits sympathiques pour vivre. Ce sont des gens très agréables. J’ai rencontré en Arabie Saoudite et au Qatar et aux Émirats. Mais les Émirats, on est plus proche. Les Français en sont plus proches. Donc aujourd’hui, aller dire je vais en vacances à Dubaï, c’est assez courant pour les Français. C’est moins d’aller dire je vais en vacances à Jeddah sur le bord de la mer Rouge. Pourtant, c’est vraiment des paradis sur terrequi existe. Et c’est un pays de 37 millions d’habitants, l’Arabie Saoudite, avec des gens hyper éduqués, hyper sympas, hyper hospitaliers qui ont envie de montrer leur pays qui est une beauté époustouflante. Voilà. Donc, je pense que dès que ça va se stabiliser dans la zoneça va être sympathique d’y retourner.
Nicolas Guillermou : J’ai écouté justement un podcast de toi hier que tu as enregistré fin 2020. Donc, on était en milieu de période Covid. Et justement, tu annonçais une grosse reprise après le Covid. Et effectivement, on a eu trois ans de folie. Donc, je pense qu’on peut te faire confiance sur ton sentiment. Et d’ailleurs, sur ce podcast, j’ai appris un mot et je l’ai trouvé super intéressant que tu citais, qui était la sérendipité. Est-ce que tu peux nous en donner la définition ? Parce que tu vas le prononcer mieux que moi.
Frédérique Bedin : La serendipité, c’estSerendipity en anglais, serendipité en français, c’est la faculté de trouver des choses qu’on ne cherche pas. Et donc, ça existe dans la recherche scientifique ou dans le marketing. Il y a des cas très connus dans le marketing. C’est le post-it. En fait, le chercheur a trouvé une colle qui ne colle pas, mais qui se décolle et qui se recolle indéfiniment. Ils se sont dit chez 3M, on va en faire des petits papiers qu’on peut mettre et enlever facilement. Il y a le Viagra aussi, ils cherchaient un antidépresseur, et puis en fait, ça ne marchait pas comme antidépresseur. Ils se sont aperçuq en faisant les tests que ça avait un autre impact qui pouvait être un marché absolument incroyable. Ce sont des jolies histoires. Et la sérendipité, c’est quelque chose qu’on essaye de développer dans l’événementiel et qui est une des grandes vertus de l’événement. C’est quand on va, par exemple, dans un salon. Dans un salon, on prend des rendez-vous et on va de rendez-vous en rendez-vous. Mais souvent, les meilleurs business qu’on fait dans les salons, c’est le truc qu’on ne cherchait pas parce qu’on ne savait pas que ce serait là. Et en passant d’un stand à un autre, entre les deux, il y a un truc qui attire votre attention. Et vous regardez et là, vous dites, waouh, mais ce truc est génial. Et soit vous l’achetez, soit au contraire, vous faites du business avec la personne qui l’expose, ce qui est souvent le cas dans les salons B2B où on se rencontre. C’est drôle parce que dans les salons, vous avez différents types de comportements. Vous avez des gens qui se font un agenda extrêmement rempli, avec des rendez-vous toutes les demi-heures, et qui vont d’un point à un autre et qui ne sortent pas de leur agenda. Et puis vous avez d’autres personnes qui vont le nez en l’air, et qui rentrent sur les stands et qui disent bonjour, qu’est-ce que vous faites ? Et comme quand vous êtes sur un stand, vous êtes là pour parler à tout le monde, parce que vous espérez tomber sur des gens que vous ne connaissiez pas avant. Si l’exposant est malin, il parle à tout le monde, Et très vite, il détecte s’il y a du business potentiel à faire ensemble.
Nicolas Guillermou : On dit d’ailleurs qu’un salon, c’est les 300 premières pages de Google parce qu’on peut être vu, même si on est tout petit, qu’on a 4 mètres carrés.
Frédérique Bedin : C’est exactement ça. C’est-à-dire que Google, personne ne va à la deuxième page ou la troisième. Et quand vous faites un salon de façon systématique, en croisant toutes les allées verticales, puis toutes les allées horizontales, vous allez rencontrer plein de gens que vous n’auriez jamais vus sur Google, et quand vous faites bien horizontal et vertical, ce qui est très important, vous avez des angles de vue différents aussi sur chaque stand et un angle de vue différent, ça permet d’avoir des opportunités différentes de réfléchir à ce que je pourrais faire avec ces gens-là.
Nicolas Guillermou : Si on revient un petit peu sur la filière française, je vois sur ton parcours que tu as toujours été très engagé. Tu as été président de l’ANAE, administrateur de l’UNIMEV. Est-ce que tu peux nous expliquer un peu pourquoi tu t’es engagé comme ça dans la filière ?
Frédérique Bedin : Alors, j’ai deux engagements, la filière événementielle et l’entrepreneuriat. Je vais commencer par l’entrepreneuriat, si tu veux bien. En fait, on a monté notre boîte quand on était étudiant. Donc, on n’avait pas de mentor et on n’avait jamais bossé ailleurs. Et donc, on a vite essayer de trouver des moyens de travailler avec d’autres gens qui nous donneraient des tips. C’est comment monter une boîte, c’est comment trouver un comptable, c’est comment recruter, c’est comment virer quelqu’un, c’est comment choisir des locaux. Donc on a demandé autour de nous et là on s’est aperçu qu’en fait il n’y avait pas de club d’entrepreneurs, ça n’existait pas tous ces trucs. Donc le premier truc que j’ai fait c’est adhérer au MEDEF local. Donc évidemment, on avait cinq salariés et demi. Et on a adhéré au MEDEF parce qu’il y avait d’autres patrons autour de la table. On s’est retrouvé un déjeuner par mois dans un restaurant avec des types qui avaient 50 ans, une boîte familiale qui était dans la métallurgie. Ils étaient plutôt sympas. Et puis, en posant des questions, ils nous aidaient. Et il y en a un qui m’a dit, tiens, un truc que tu devrais faire, c’est faire un plan d’intéressement pour tes salariés. Je dis, ah, c’est quoi ça ? Je l’ai fait, et c’était une très bonne idée, parce que ça a motivé mes salariés, ils ont payé moins d’impôts, moins de charges sociales, ça les a fait participer au profit de la société, et c’est pas dans les bouquins que j’ai appris ça, ni dans mes cours de marketing. Et puis l’autre point, c’est que j’ai voulu faire mon stage, mon stage de fin d’études, et je me suis dit, je vais le faire dans ma boîte. Et à Dauphine, ils m’ont dit « Non, c’est interdit. » « Pourquoi ? » « Parce que c’est votre entreprise et vous n’avez pas le droit de faire votre stage dans votre entreprise. Ce qu’il faut, c’est avoir un maître de stage et vous ne pouvez pas être votre propre maître de stage. » Et ça, ça m’a beaucoup embêté. Et du coup, après, je suis rentré dans des assos d’entrepreneurs, dont une qui s’appelle Croissance Plus, dont je suis devenu après président. Et quand j’étais vice-président de Croissance Plus, le président, c’est Geoffroy Roux de Bézieux, tous les deux, on est allés voir Valérie Pécresse, qui était ministre de l’enseignement supérieur. Et elle nous a dit qu’est-ce que je peux faire pour vous aider ? Et moi, je lui ai dit, écoutez, Madame la Ministre, ce serait génial que les étudiants entrepreneurs puissent faire leur stage dans leur boîte. Et elle a dit, bah oui, c’est vrai que c’est une bonne idée. Et donc, elle a déposé un projet de loi pour que les incubateurs des universités et des écoles puissent devenir le maître de stage de l’étudiant entrepreneur. Et donc, ça reproduit le triangle entreprise, stagiaire, maître de stage. Le maître de stage est le patron de l’incubateur de l’université. Le problème, c’est que Sarkozy a perdu les élections et qu’elle s’est fait virer. Et la bonne nouvelle qu’il y a eu, c’est que la ministre qui est arrivée du gouvernement de François Hollande après, elle a retrouvé le projet dans les tiroirs. Il n’a pas été balancé. Et elle a dit tiens, c’est une bonne idée. Et elle en a fait une loi. Et du coup, les étudiants aujourd’hui, grâce à moi, ils peuvent faire leur stage dans leurs entreprises. Et du coup, j’ai essayé de prolonger cet engagement dans l’entrepreneuriat. Alors, chez Croissance Plus, que j’ai présidé, qui m’est toujours très cher. Et puis, j’ai été aussi très actif dans la fondation Entreprendre. Et j’essaye d’aider les entrepreneurs. Et de la même manière, dans la filière de l’événementiel, quand on a créé notre boîte, on ne savait pas faire grand-chose dans l’événementiel. Et du coup, il s’était créé une petite association des agences d’événements qui s’appelait le Spectre. Et nous, on est allé les voir, on leur a dit, est-ce qu’on peut adhérer ? Ils nous ont regardés de haut. Et ils nous ont dit oui. À l’époque, c’était beaucoup des boîtes d’audiovisuel. Et puis, il y a des boîtes qui s’appelaient Marketplace, Villa Alésia, des sociétés dont on ne connaît plus vraiment le nom aujourd’hui, qui ont été rachetées depuis par d’autres. Mais ils ont été sympas, ils ont accepté que les petits jeunes viennent. Et mine de rien, se frotter avec eux, on est devenu moins bête. Et on a appris, puis ça nous a donné aussi une respectabilité. Le Spectre, après, c’est devenu l’Anae, et l’Anae, c’est devenu l’événement. Et voilà.
Nicolas Guillermou : Si on se projette un petit peu sur les années qui viennent, comment est-ce que tu vois l’évolution de l’événementiel dans 5-10 ans, selon toi ?
Frédérique Bedin : Alors, l’événementiel, sur les mille prochaines années, je suis assez serein, comme sur les 5000 dernières années, ça a été assez important. Donc, un type comme Jésus-Christ, il a pas mal fait d’événements, les Romains, ils en faisaient pas mal. Et ce que je disais, c’est que dans la religion catholique, ils ont beau mettre des croix à bord des routes, ce qu’on peut considérer comme un peu de la pub, c’est quand même en organisant des petits événements communautaires tous les dimanches. Et où des très, très grands événements, comme j’ai eu la chance d’organiser les Journées mondiales de la jeunesse en 1997, avec 1,2 millions de personnes, ça reste le plus grand événement jamais fait en France. Il y a eu plus de participants que la cérémonie d’ouverture des JO. Et en fait, les religions restent des grands organisateurs d’événements après des millénaires. Ça veut dire que c’est utile et que ce n’est pas la pub avec des logos sur les bords de route qui fait venir les gens à la religion. Et donc, ça ne va pas s’arrêter. Simplement, je pense que pour le vivre ensemble, les événements sont structurants, et que l’ère de l’intelligence artificielle aujourd’hui va rendre les événements encore plus importants. Alors, si je prends tous les domaines, dans la musique, le moyen de gagner de l’argent dans la musique, c’était de vendre des disques. Puis, ça a été les plateformes numériques. Aujourd’hui, c’est la scène. Et sur les plateformes numériques de Deezer et de Spotify, il y a une très, très grande partie des titres que vous écoutez qui sont produits à 100% par de l’intelligence artificielle et donc qui génèrent même pas vraiment de droits d’auteur parce qu’ils essayent de lutter contre pour pas donner des droits d’auteur à des producteurs de fake music. Et notamment Deezer fait ça très bien. Et du coup, les artistes mettent beaucoup plus de moyens aux événements live. Et vous, à Nantes, vous avez la chance d’avoir le Hellfest. C’est un événement époustouflant, le Hellfest. C’est vraiment formidable. La manière dont c’est organisé, du plaisir qu’ont les gens à y être, de l’ambiance qui y règne, de tout, le camping, la restauration, les produits dérivés, la qualité de la musique, évidemment. L’expérience inoubliable d’avoir participé au Hellfest et peut-être ou que des enfants qui sont venus avec leurs parents à Hellfest reproduiront en y emmenant peut-être leurs enfants dans 20 ans. C’est vrai dans la musique, mais c’est vrai dans tout. Nous, on a repris le Mondial de l’Auto, qui était certes très déclinant, et on l’a repris juste avant le Covid, donc c’était quand même un peu du rail, parce qu’on a dû annuler celui de 2020. Mais le Mondial de l’Autoqui va avoir lieu en octobre 2026, depuis le 1er janvier, même depuis mi-décembre 2025, on n’a plus un mètre carré à vendre. Et sincèrement, il y a deux ans, ou même il y a quatre ans, les constructeurs nous disaient tous non mais les salons en fait, c’est pas sûr.
Nicolas Guillermou : Il manquait des marques sur certains salons.
Frédérique Bedin : Voilà, et c’est pas sûr que ce soit utile. Là, il n’y a plus de mètre carré à vendre. Et les marques qui ne viennent pas, on peut se poser la question si ce ne sont pas des marques qui ont envie d’arrêter la commercialisation en Europe. Ce qui est possible parce qu’il va y avoir probablement des modifications du paysage marketing de l’automobile. Mais c’est clair que l’événement live est extrêmement important. Un autre exemple, et puis après, parce qu’on peut faire un définiment. Quand il y a eu le Covid, on s’est aperçu que les influenceurs recyclient des images d’événements auxquels ils avaient participé en disant, l’année dernière, j’étais là. Et pourquoi ? Parce que quand vous êtes un influenceur, si vous n’êtes pas invité à des événements, ça veut dire que vous n’êtes pas si influant que ça. Si les marques ne vous invitent pas et puis vous n’avez pas grand-chose à mettre sur vos réseaux sociaux, donc vous risquez de perdre l’engagement de vos followers et du coup de vous perdre votre consistance professionnelle. Et donc, de plus en plus, les marques nous demandent d’organiser des événements, un peu partout dans le monde, non plus, comme je disais tout à l’heure, pour leurs commerciaux, ou même leurs clients finaux, mais pour les influenceurs, qui ne sont pas seulement des caricatures d’influenceurs, comme on peut les imaginer dans certains milieux, mais qui peuvent être des journalistes politiques, qui peuvent être des décideurs économiques de grand poids, qui peuvent être des artistes ou des spécialistes scientifiques. Je rappelle toujours que le métier de Jacques Attali, par exemple, c’est influenceur. Mais évidemment, ce n’est pas une influenceuse beauté exilée à Dubaï. C’est un influenceur qui donne des conseils à des chefs d’État du monde entier. Et quand il fait un poste, quelquefois rémunéré, souvent au profit de sa fondation, quand il fait un poste, ça peut faire changer l’orientation du monde.
Nicolas Guillermou : Tu es aujourd’hui à Nantes. On est d’ailleurs au restaurant Zao à la gare de Nantes. Vous avez peut-être entendu des fois, il y a un petit peu de bruit de fond. Quel est le lien que tu as, toi, avec Nantes Saint-Nazaire, avec ce territoire ?
Frédérique Bedin : Alors moi, c’est un endroit que j’aime bien pour les événements. Alors d’abord, c’est un endroit, quand on est parisien, c’est pratique d’y aller.
Nicolas Guillermou : Deux heures de train.
Frédérique Bedin : Exactement. Et ce restaurant, en fait, j’étais passé dans la nouvelle passerelle, mais je n’avais jamais fait l’effort de monter. Je le trouve vraiment chouette. Donc c’est pratique. C’est une région très dynamique et nous, on a beaucoup de clients dans le coin. Pourquoi ? Parce que c’est notamment très dynamique dans tout ce qui est agroalimentaire. Et comme j’expliquais tout à l’heure, on a repris le réseau de promotion de l’agroalimentaire français dans le monde. Et donc, l’agroalimentaire est un de nos premiers secteurs de business, notamment dans toutes nos filiales partout dans le monde. Donc, on a beaucoup d’entreprises de la région qui sont nos clients. en Arabie Saoudite, à Dubaï, aux Etats-Unis, au Japon. Donc voilà, j’ai eu l’occasion de venir pas mal dans le coin. On avait monté un festival à Nantes de design industriel qui hélas n’a duré que deux éditions. Mais j’avais eu le soutien de la Cité et il y a une grande école de design ici. Écoles au sens large, c’est-à-dire qu’il y a des écoles de design mais il y a aussi beaucoup d’entreprises de design et beaucoup d’importance donnée au design industriel et c’est une discipline à laquelle je crois beaucoup. Hélas j’ai manqué de sponsors et on a dû arrêter on avait monté aussi un festival à La Baule du film d’entreprise qui a eu 4 ou 5 éditions qui là aussi s’est arrêté faute de sponsors. Et là, je regrette un peu parce que je n’ai pas eu le soutien des entreprises locales. Donc, on faisait venir des sponsors de Paris, des entreprises de Paris, mais même la filière audiovisuelle de la région n’était pas partenaire, ce qui est un petit peu dommage quand même. Et je me suis aperçu que les gens de Nantes, quand je leur ai dit que je faisais un festival à la Baule, ils ont dit « Oh là là, nous, on n’amène pas du business à la Baule. La Baule, c’est pour nous le week-end, avec nos familles et nos potes, on n’a pas envie d’y bosser. » Ce n’était pas sympa pour La Baule et pas sympa pour nos efforts, et pour Franck Louvrier et Corinne et toute l’équipe de La Baule qui s’était bien mouillée mais nous du coup on a perdu de l’argent à La Baule c’était un mauvais souvenir financier mais un très bon souvenir humain et je crois toujours dans le potentiel de La Baule pour monter des événements et à condition d’avoir le soutien local.
Nicolas Guillermou : Il y a des très très beaux séminaires notamment qui s’y organisent.
Frédérique Bedin : Bien sûr, on en a fait plein. Mais un séminaire national, ce n’est pas un événement récurrent multi-acteurs. Parce que l’événement multi-acteurs, il nécessite le soutien local. Je parlais tout à l’heure du Mondial de l’Auto. J’ai pu relancer le Mondial de l’Auto parce que Luca de Meo, qui était à l’époque le patron de Renault, il m’a dit, écoute, moi j’y crois, l’automobile, ça doit être une fête. Donc je viens avec toutes mes marques. Comment je peux t’aider ? Et je lui ai dit, écoute, tu peux m’aider en faisant un communiqué de presse en disant que Renault sera présent avec toutes ses marques. Et quand en France, on a le soutien de Renault, du coup, les autres sont venus. Les marques françaises de Stellantis sont venues, et puis une ou deux marques internationales. Et puis du coup, les marques internationales se sont dit, si les Français y vont, j’y viens. Mais si je n’avais pas eu le soutien de Renault, le Mondial de l’Auto, il était mort.
Nicolas Guillermou : Merci beaucoup Frédéric. Merci pour cet échange passionnant, j’espère que tu as passé un bon moment. Excellent, j’espère que vous vous aurez passé un bon moment On demandera à nos auditeurs en tout cas merci aussi à Olivier et toute son équipe du Bureau des Congrès de Nantes Saint-Nazaire pour nous avoir permis d’enregistrer ce podcast et puis surtout n’oubliez pas dans l’événementiel on n’a pas un métier facile mais c’est quand même mieux que de travailler.
Frédérique Bedin : Il y a des gens pour qui c’est un hobby.
Générique : Merci beaucoup d’avoir écouté jusqu’au bout ce podcast de Good Morning Event. N’hésitez pas à mettre une note de type 5 étoiles sur les plateformes à travers lesquelles vous écoutez le podcast et même un petit commentaire sur Spotify. Ça aidera pour son référencement. Vous pouvez également nous envoyer un petit mail. à l’adresse qui est indiquée en description pour nous conseiller de futurs invités ou nous faire part de vos impressions. Et à très bientôt pour un nouvel épisode.