Générique : Bonjour à toutes et à tous et bienvenue sur Good Morning Event, le podcast de l’événementiel.
Nicolas Guillermou : Bonjour à toutes et à tous et bienvenue sur le podcast Good Morning Event. Aujourd’hui, je suis avec Denis. Denis, bonjour.
Denis Turmel : Bonjour.
Nicolas Guillermou : Tu t’appelles Denis Turmel et tu es le directeur du Zénith de Nantes Métropole. Aujourd’hui, on va s’intéresser à ton parcours qui t’amène à la tête de l’un des plus grands espaces événementiels de l’Ouest et aborder aussi tous les sujets qui tournent autour de l’exploitation d’un Zénith. Est-ce que tu peux déjà ? en quelques mots, nous dire ce qu’est le Zénith de Nantes Métropole.
Denis Turmel : C’est une salle de grande capacité, qui, grosso modo, va de 2500 à 9000 places, et qui a vocation, principalement, à accueillir les grands spectacles en tournée. Au départ, les Zéniths, c’était plutôt la musique, la musique populaire. Mais par extension, on peut faire du cirque, de l’événementiel. On fait beaucoup de stand-up, d’humour, de comédie musicale. Donc, c’est tous les spectacles de musique populaire et de genre assimilé.
Nicolas Guillermou : Tu diriges le Zénith depuis 2006, la date de l’ouverture du Zénith. On va faire un petit flashback. Est-ce que tu peux nous raconter, avant cette ouverture du Zénith en 2006, quel a été ton parcours ?
Denis Turmel : Pour faire très court, j’ai toujours travaillé dans le monde de la musique. J’ai fait des études de gestion. Je me suis retrouvé dans l’équipe qui a monté ce qu’allait devenir l’IRMA, le premier bouquin qui s’appelait l’officiel du rock au début, l’officiel de la musique ensuite. C’était en 1988, tu n’étais pas né probablement.
Nicolas Guillermou : Si, je suis 85, c’est très gentil.
Denis Turmel : Ensuite, j’ai travaillé pour une cellule technique du ministère de la culture qui s’appelait l’agence des lieux musicaux qui avait vocation à équiper et à aménager des salles de spectacle dédiées aux musiques populaires, c’est un peu les ancêtres des SMAC, donc j’ai fait le Tour de Gaule d’Astérix sur un tas de projets dont certains sont devenus effectivement des SMAC et puis qui maillent le territoire français en salles plutôt de petites moyennes capacités, je suis passé ensuite au fond pour la création musicale qui était une structure de la loi de 1985 qui avait vocation à redistribuer de l’argent pour les festivals, la musique enregistrée, les clips, les tournées, etc. Je suis passé à ce qui était le Centre National des Variétés, qui est le CNM aujourd’hui, où je m’occupais à nouveau des salles de spectacle et notamment du programme Zénith. Et ensuite, je suis passé au Zénith de Paris, où je me suis occupé de l’accueil des spectacles, avant enfin de prendre la direction du Zénith de Nantes en 2006.
Nicolas Guillermou : Donc le Zénith de Nantes qui ouvre en 2006, je crois que c’est une décision politique qui date de 2002, de faire construire cette installation. Pourquoi est-ce que les politiques de l’époque décident d’ouvrir un Zénith ? D’ailleurs, qu’est-ce que c’est que le concept Zénith ? Parce qu’on entend évidemment souvent les tournées des Zéniths. Il y a des Zéniths dans beaucoup de villes en France, mais pas dans toutes. Est-ce qu’il y a un lien concret ? Est-ce que c’est une marque Zenith ? Est-ce que c’est un savoir-faire ? Est-ce que tu peux nous expliquer un peu le concept ?
Denis Turmel : Alors très rapidement, Zenith c’est un label qui est attribué par le ministère de la culture à des projets qui très schématiquement présentent deux caractéristiques. Celle d’être une salle de grande capacité adaptée à l’accueil des musiques actuelles, des musiques populaires, etc. Sur le plan technique, il y a une histoire de volumétrie, il y a une histoire de distribution des espaces qui ne sont pas celles d’un théâtre traditionnel. Il y a un certain nombre de choses qui sont la clairance, la capacité d’accroche, l’ouverture de scène, la facilité pour les camions d’accéder à la salle. Après, il y a un cahier des charges qui fait 70 pages, mais qui sert un peu de guide aux architectes quand ils se positionnent pour répondre à un appel d’offre d’une collectivité qui voulait construire un zénith. Donc c’est des normes qui permettent aux architectes, au-delà de leur geste architectural, de ne pas faire n’importe quoi et de réaliser un outil qui, pour le coup, sera fonctionnel à la fois pour l’exploitant du zénith, pour les équipes en tournée, pour les artistes et également pour le public. Ça, c’est le côté, on va dire, bâtiment. Et ce cahier des charges des salles Zenith envisage également la question de l’exploitation des salles zénithes, puisque normalement, l’exploitant d’un zénith ne peut pas être émetteur de billetterie, ne peut pas être producteur ou coproducteur de spectacles, sauf à se retrouver dans un abus de position dominante. Ici, le Zénith, effectivement, il a un impact et une empreinte territoriale tellement forte au niveau de ces musiques-là que si, en plus, moi j’avais la possibilité de produire ou de coproduire, tu as un peu rapidement asséché le potentiel du territoire pour tes concurrents ou les obliger à passer par toi tes fourches caudines et tes conditions pour coproduire, etc. Donc en fait, tu tues un peu le potentiel économique du lieu. Donc le cahier des charges a essayé d’éviter effectivement cet écueil et interdit à l’exploitant du Zénith de produire ou de coproduire des spectacles. En gros, nous ne sommes que de vulgaires loueurs de salles.
Nicolas Guillermou : Loueurs d’une belle salle quand même.
Denis Turmel : Voilà, des vulgaires loueurs d’une belle salle.
Nicolas Guillermou : Si on donne quelques chiffres, tu parlais par exemple d’ouverture de scène. C’est quoi l’ouverture de scène de la salle ici à Nantes ?
Denis Turmel : C’est 42 mètres, mais la plupart ne l’exploitent pas en totalité. L’ouverture de scène de 42 mètres, il faut quand même occuper le terrain.
Nicolas Guillermou : Pour pouvoir la remplir, cette salle aussi ouverte. Et on monte avec des jauges jusqu’à 9000 personnes, c’est ça ?
Denis Turmel : C’est ça, c’est-à-dire que le principe du Zénith, un des principes fondateurs de ce cahier des charges des salles Zénith, label qui est attribué par le ministère de la Culture au projet qui satisfont aux critères que j’ai évoqués tout à l’heure, c’est la modularité. C’est-à-dire qu’un producteur, au moment où il va lancer un spectacle en tournée, quand c’est Orelsan, il a bien une idée qu’il va remplir partout. Il y a d’autres spectacles, on ne sait pas à quel devenir ils sont promis. Donc, ils peuvent faire 3000, 5000, 6000. Bon, généralement, les producteurs connaissent leur métier et ça va à peu près où ils vont tirer. Mais l’idée, c’était d’avoir effectivement une salle qui permette aux spectateurs et aux artistes d’avoir l’impression que l’espace est complètement rempli, qu’il y ait 3000 personnes dans la salle, 6000, 8000, 9000. Donc, il y a un système de pendrillon, de rideau, etc., qui permet toujours de donner cette illusion. D’ailleurs, c’est assez drôle, les gens qui viennent pour la première fois au Zénith pour un spectacle en tout assis avec 4000 places, rentrent, regardent autour d’eux et disent finalement, c’est pas aussi grand que ça, le Zénith. Voilà, donc c’est la preuve que, effectivement, l’espace qui est caché derrière n’apparaît pas, ils n’en ont pas non plus la sensation. C’est un des principes de ces salles Zenith c’est la modularité qui permet d’accueillir un maximum de jauges et de types de spectacles différents
Nicolas Guillermou : Tu parles de modularité sur la jauge, il y a aussi une grosse modularité sur ce qu’on y fait parce que on imagine bien une scène, un ou plusieurs artistes dessus, mais vous avez pas plus tard qu’il y a quelques jours Holiday on Ice qui était sur place, vous avez eu le terrain de basket des Harlem Globetrotters, qu’est-ce qu’il y a eu comme installation un peu fou et qui sortent finalement un peu du cadre du concert tel qu’on l’imagine, assis ou debout d’ailleurs ?
Denis Turmel : Le plus contraignant en termes de logistique, parce que ça prend vraiment du temps, c’est quand on reçoit des spectacles équestres, parce qu’il faut faire rentrer des dizaines, je ne sais plus combien de…
Nicolas Guillermou : Du sable de carrière ?
Denis Turmel : Des centaines de tonnes de sable, c’est un truc de dingo, ça prend plusieurs jours pour installer, ça prend plusieurs jours pour évacuer. Et quelques jours après la fin du spectacle, ça sent toujours le cheval, comme nous le fait remarquer l’artiste qui arrive après en disant « c’est quoi cette odeur ? » . C’est ça, oui. Sinon, effectivement, il peut y avoir des configurations. On a de plus en plus, on aura peut-être l’occasion d’en parler tout à l’heure, on a des projets qui, sur le plan technique, sont de plus en plus conséquents, de plus en plus lourds, mobilisent de plus en plus de semi-remorques. Alors qu’effectivement, aujourd’hui, la miniaturisation d’un certain nombre de dispositifs techniques aurait pu laisser penser qu’on allait vers une réduction des volumes. Ce n’est pas du tout le cas. On accueille des choses qui sont de plus en plus pharaoniques. On n’a pas encore atteint le plafond, mais on n’a pas encore atteint la limite. On va voir, on va se tester.
Nicolas Guillermou : Sur la partie installation, tu disais que tu loues la salle. On a l’habitude, côté public, de voir les équipes d’accueil, de sécurité. Ça, j’imagine que c’est des prestations que tu loues avec la salle. Par contre, tout ce qui est de l’autre côté, qui sont souvent mis en avant par les artistes, les équipes techniques, son, vidéo, lumière et ainsi de suite, ça, c’est souvent ou systématiquement l’artiste ou la production qui vient avec ses équipes. C’est-à-dire qu’il n’y a pas une équipe technique locale qui installe les lumières pour l’un ou pour l’autre, c’està chaque fois la production vient avec sa propre équipe technique.
Denis Turmel : Vient avec toute son équipe, c’est-à-dire que tout ce qui est son, ça voyage avec la tournée. Tout ce qui est éclairage, tout ce qui est écran vidéo, ça voyage avec la tournée. Même la bouffe, voyage avec la tournée, puisque les équipes de catering voyagent avec la tournée. Ils vont faire leur course aux mines pendant la nuit à Nantes, quand ils sont à Nantes, à Bordeaux, quand ils sont à Bordeaux. Donc c’est une petite ville qui se déplace à chaque fois. J’en profite d’ailleurs pour, on a souvent des demandes de stages de gens qui sont promis au métier du son ou de l’éclairage. Nous, on n’a pas une gamelle, on n’a rien du tout, pas une enceinte. Et le son, c’est jamais nous.
Nicolas Guillermou : C’est entendu. Pour donner quelques chiffres aussi, je lisais les chiffres 2025 que vous avez publiés tout récemment. Donc 137 manifestations et plus de 667 000 spectateurs. C’est encore un nouveau record cette année ?
Denis Turmel : Oui. En termes de volume d’activité, on va même le battre cette année, puisque je pense qu’on devrait se situer aux alentours de 160 représentations. Là où effectivement, avant Covid, alors qu’on était déjà une très grosse salle, on va dire sur le dispositif français, on était une salle importante en termes de volume d’activité, on était plutôt autour de 90-95 représentations par an. Donc on n’a pas encore doublé par rapport à la période d’avant Covid, mais on n’en est plus très loin.
Nicolas Guillermou : Est-ce qu’on arrive, à la 160 représentations, à une espèce d’effet de saturation ? À un moment donné, on ne pourra pas faire plus parce que sur certains gros événements, il y a des temps d’installation, désinstallation. Est-ce que c’est quelque chose qui peut encore arriver à avoir des événements pratiquement tous les jours de l’année ? C’est quelque chose qui serait possible ou qui, de toute façon, avec la taille de certains shows, ne sera jamais possible ?
Denis Turmel : Je pense que, de toute façon, notre année, elle prend fin début juillet, même si contractuellement, on peut toujours accueillir un spectacle début juillet. Mais juillet-août, il ne se passe rien. Tout ce qui est spectacle est en outdoor, joue dans les festivals, etc. Donc notre année d’exploitation, c’est dix mois. Techniquement, j’allais dire mathématiquement, il y aurait toujours de la place. Mais je pense que plus que ces questions de montage et de démontage, bien qu’elles deviennent de plus en plus prégnantes, c’est-à-dire qu’il faut qu’on fasse vraiment super attention. Quand on accueille une grosse prod, de prévoir le temps de démontage et de ne pas autoriser la suivante à arriver à 5h du matin, plus que ce qui pourrait être limitant à ce niveau-là, c’est le volume d’offres sur l’agglomération de Nantes et le portefeuille des ménages. C’est-à-dire que les Nantais et plus généralement le public du Grand Ouest ont la chance d’avoir une offre pléthorique. Donc, à un moment donné, ça va être une question de choix. Le problème se pose déjà. Des fois, on a des humoristes, on a un autre humoriste qui est un peu dans la même veine, qui passe à la Cité des Congrès. Donc voilà, le public doit choisir, donc renoncer. Donc, le facteur limitant, je le vois plutôt là. Moi, je le vois plutôt dans le fait qu’il y a effectivement une offre pléthorique et malgré tout, les gens ont un budget à respecter.
Nicolas Guillermou : Tu parlais d’une zone de chalandise. Je sais que vous faites des études dessus. Est-ce que tu arrives à estimer, sur peut-être des spectacles un peu plus confidentiels, avec moins de monde, où il y a finalement plus de dates, c’est un peu plus resserré sur la métropole ou le département ? Il y a des shows qui attirent peut-être jusqu’à Brest, ou jusqu’à La Rochelle, ou des gens qui font beaucoup de routes pour venir ?
Denis Turmel : Il y a des choses qui vont bien plus loin que ça. Quand on avait fait Björk, je ne sais plus combien il y avait de dates dans la tournée, mais il y en avait très peu. Ça vient principalement du Grand Grand Ouest. Quand je dis Grand Grand Ouest, c’est l’ancienne région Poitou-Charentes, les Pays de la Loire, la Bretagne et la Normandie. Mais ça venait d’au-delà, sur des trucs de niche comme ça. On a vu des gens, des fois, venir d’Amérique du Sud, d’Israël, je ne sais plus, de Pologne. C’est souvent quand c’est des internationaux et que c’est un petit peu désexclu. Des Parisiens, on a toujours un contingent, parce que la date parisienne est foule et que finalement, ils se disent, allez, on prend le train, on est là en deux heures. On va aller voir l’éléphant à côté, les magines de l’Île. Voilà, mais en fait, comme tu le disais, il y a la zone de chalandise. Quand on est sur un spectacle qui va tourner dans toutes les préfectures et sous-préfectures, on est plutôt sur la métropole élargie. Et le département, quand on est sur des exclus, ça peut venir de très, très loin. On a fait une étude, effectivement, il y a dix ans. Et on l’a refaite à nouveau. Il nous a montré comment l’empreinte territoriale du Zénith avait évolué. C’est assez dingue.
Nicolas Guillermou : Sur la carte des Zénith, finalement, Nantes, c’est une des plus grosses salles. C’est dans le milieu. Comment est-ce que tu la positionnes ? Et comment est-ce que les tourneurs voient le Zénith de Nantes, quelle est l’image qu’ils en ont, peut-être en comparaison avec d’autres salles ? Est-ce que c’est typiquement un lieu un peu privilégié qu’ils positionnent stratégiquement dans la tournée ? Ou finalement, ils réfléchissent plutôt en termes de continuité, en disant je vais faire Caen, Nantes, Bordeaux, et puis quelque chose d’assez logique de façon géographique, comment est-ce qu’ils ressentent ça ?
Denis Turmel : Alors, je ne vais pas parler à leur place, mais ce que j’en déduis ou ce que j’en comprends, puisqu’on est tous les jours au téléphone avec eux, puisqu’on joue au Tetris pour essayer de faire rentrer tout ça, c’est qu’effectivement, aujourd’hui, les tournées en région, je parle des tournées nationales, elles sont construites autour de Lyon, Bordeaux, Nantes, Lille. Voilà ce qu’eux estiment être les villes les plus fortes. Donc, ils ne veulent pas se rater sur ces dates-là parce que c’est pour eux les meilleurs leviers de rentabilité. Et ils construisent, de ce que j’en comprends, les tournées autour de ça avec naturellement un routing le plus logique possible de façon à ne pas faire des allers-retours qui crèvent les équipes, etc. Mais généralement, Nantes, au moment où la tournée est pensée, est toujours dans le top 4. C’est-à-dire qu’on est contacté rapidement et ils essayent de capitaliser au mieux là où les dates qui vont jouer à Nantes de façon à rentrer le plus de spectateurs possible.
Nicolas Guillermou : J’imagine qu’il n’y a pas de règles établies, mais une tournée, vous, le premier coup de fil, en moyenne, il arrive à peu près combien de temps avant ? Parce que si je prends deux exemples que j’ai dans mon agenda des événements, il y a Ben Mazué qui a lieu dans quelques semaines et pour lesquels on a déjà pris les places, ça fait plus de 18 mois. Et inversement, Orelsan était là au mois de février et c’est que trois mois avant, quatre mois avant que les places ont été mises en vente. Est-ce que par exemple une tournée comme Orelsan, qui est une tournée énorme, elle était déjà prévue mais elle était confidentielle et elle a été révélée 4 mois avant ? Ou est-ce qu’ils ont quand même réussi à caler finalement un peu last minute une grosse tournée comme ça ?
Denis Turmel : La plupart des projets, on en entend parler très très en amont. Plus ils sont gros, plus on en entend parler en amont. C’est surtout les projets très lourds comme les comédies musicales, etc. Là on travaille clairement sur 2028. Aujourd’hui j’ai un agenda 2027 qui commence à être salement remplis. Et ceux qui se calent finalement le plus tard, c’est les internationaux, de façon assez paradoxale. C’est-à-dire que là, on va annoncer une date, je ne peux pas en parler parce que je suis tenu par le calendrier d’annonce du producteur, mais on va caler une exclue des trois dates en France le 1er décembre 2026. Et la mise en vente, finalement, elle est quelques mois avant.
Nicolas Guillermou : Sur un événement, une soirée, on va dire un peu avec une jauge max à 9000 personnes, combien est-ce que tu as de staff de ton côté, avec ton staff en interne, plus la sous-traitance, on disait, l’accueil, la billetterie, la sécurité ? Et par rapport finalement à aujourd’hui ou ce soir, tu n’as pas de concert, c’est quoi le côté un peu élastique d’une équipe Zenith sur une journée off côté concert et une journée où il y a un show le soir, par exemple ?
Denis Turmel : Alors, en permanent jusqu’à il y a un an et demi, on était 10. Ça commençait à devenir tendu. Je risquais de les perdre en route. D’épuisement.
Nicolas Guillermou : 10 pour plus de 100 événements quand même.
Denis Turmel : Oui, c’est ça. Donc on est passé à 13. Évidemment, ça concerne l’équipe des permanents du Zénith. Pour le reste, sur les gros événements, on peut être jusqu’à 150, entre la sécu, le médical, le paramédical, les SIAP, les placeurs, les contrôleurs, les bars, etc.
Nicolas Guillermou : On voit parfois des concerts qui sont annulés ou reportés, avec forcément toutes les contraintes à la fois pour le spectateur, mais aussi forcément pour l’artiste, pour la prod, pour le lieu. En général, comment est-ce que ça se passe, la gestion du risque de ce genre de choses ? Est-ce qu’il y a des assurances ? Est-ce que vous êtes couvert ? Est-ce que vous faites des gestes commerciaux ? Il y a certainement autant d’annulations que de cas de figure différentes, mais quand on est à 100% de remplissage ou quasiment, c’est forcément un sujet sensible ces reports.
Denis Turmel : Oui, on est tributaire de ce qui se passe dans la vie des artistes et dans la vie en général. Ça peut être de la maladie, ça peut être un incident, un accident, etc. Nous, effectivement, on a un contrat avec les productions. Quand c’est annulé, ils nous doivent un minimum garanti qui est plus élevé quand on est vraiment proche de la date et un peu plus léger quand on s’en éloigne en amont. Et puis quand il y a un report, on essaie que ça soit le plus indolore pour eux en termes financiers. La plupart des sociétés de production ont des assurances annulation, sauf dans le cas où l’artiste devient inassurable. J’ai en mémoire la dernière tournée de Charles Aznavour où à l’époque Gérard Drouot m’avait appelé et m’avait dit écoute Denis, nous on demande une police d’assurance annulation dans notre contrat, on demande aux producteurs de pouvoir se prévaloir de ce genre de document. Il m’a dit écoute si on satisfait aux exigences des différentes polices d’assurance qu’on a vues, on va quadrupler le prix du billet qui n’était déjà pas donné sur Charles Aznavour. Donc il dit, en complicité avec l’artiste, on va partir sans filet. Donc c’est à toi de me dire, tu joues ou tu ne joues pas. Et on avait choisi de jouer. Et de mémoire, on a fait l’avant-dernière date de Charles Aznavour aux Zénith de Nantes. Donc ça peut être ça, ça peut être des artistes, je ne vais pas citer de nom ici, mais effectivement qui ont eu des problèmes d’annulation à répétition alors que la tournée engageait des moyens pharaoniques et les polices d’assurance demandent des sommes dantesques pour assurer, donc après c’est de la discussion de gré à gré avec le producteur l’évaluation du risque, l’intérêt pour nous de recevoir ou en creux de ne pas recevoir l’artiste sur ces simples questions de polices d’assurance.
Nicolas Guillermou : Alors tu es organisateur d’événements ? Ça veut dire que tu portes quand même beaucoup de responsabilités, notamment autour des flux, de la sécurité des gens qui travaillent, mais aussi des spectateurs qui sont nombreux. J’imagine que dans une situation où on est depuis maintenant des dizaines d’années en plan Vigipirate, c’est quand même des sujets aussi à la fois complexes et à la fois importants. Comment est-ce que vous gérez ? Alors, vous êtes rodé, puisque soir après soir, vous avez vraiment une habitude, une expérience, mais comment on gère ? C’est quoi les secrets,inalement pour assurer la sécurité à la fois à l’entrée des spectateurs, à la fois si jamais il fallait aussi évacuer les spectateurs ? Quel est ton regard là-dessus et le regard de tes équipes ?
Denis Turmel : Tu l’as dit, c’est des secrets, donc je ne vais rien te dire. Non, après la gestion des flux en temps normal, même si des fois on a des publics un peu hystériques sur des musiques urbaines avec des gamines qui hurlent et qui courent et qui font la queue deux jours avant, etc. C’est des choses que tous les établissements recevant du public de grande capacité connaissent. Donc voilà, il y a des abacs, des principes, des choses auxquelles on ne peut pas déroger, effectivement, sur la sécurité du public, les ouvrants, l’évacuation, etc. Après, la situation de crise, c’est des points qu’on a souvent évoqués, on avait fait un exercice dit de tuerie de masse, le mot n’est pas très agréable, mais c’est comme ça que ça s’appelle dans le jargon. On avait fait ça en 2015, je crois, enfin, quelques mois après les attentats du Bataclan. Donc, on avait fait un gros raout. On avait accueilli un gros raout. C’était à l’initiative de la préfecture, mais on était bien, on les avait bien motivés quand même avant, qui impliquaient leur RAID, le GIGN, la police, les pompiers, les services de secours, les hôpitaux, etc. Donc c’était vraiment un exercice grandeur nature. Il en était résulté un certain nombre de conclusions et un certain nombre de pistes d’amélioration pour arriver à gérer au mieux ce genre de situation, si d’aventure on devait y faire face, je ne vais pas pouvoir en parler ici, mais sachez que c’est une collaboration qui continue aujourd’hui. On a des projets, y compris des projets technologiques d’ailleurs, avec la police, le GIGN, on travaille, ils viennent régulièrement s’entraîner ici. Et la réflexion continue, elle n’est pas restée lettre morte après le simple retour d’expérience qu’il y avait eu en préfecture au surlendemain de cet exercice.
Nicolas Guillermou : D’un point de vue un peu plus léger, par exemple, à certains jours, tu as deux, peut-être même trois représentations dans la même journée. Le temps de faire sortir le public, de nettoyer les installations et de faire re-rentrer avec les fouilles qui s’imposent et tout ça. C’est quoi l’espace minimum que tu dois avoir entre la fin de la représentation 1 et le début de la représentation 2 pour pouvoir garantir vraiment une qualité de service et d’accueil à tous tes invités ?
Denis Turmel : Idéalement, c’est une heure, ça nous est arrivé de faire une demi-heure sur des spectacles emplacés, numérotés. Après, on est rodé, on sait que sur un spectacle en telle jauge, avec telle typologie de spectateurs, la salle, on va pouvoir, sur le plan du nettoyage, la remettre en état en tant de temps. Il faut tant de temps pour évacuer tel type de population. Quel temps il fait dehors ? Est-ce que les gens vont arriver tôt ? Est-ce qu’ils vont arriver tard ? Après, c’est de la compilation d’expériences sur des années qui amènent à mettre les bons dispositifs au bon moment pour que ça se passe de la façon la plus fluide. L’idée, c’est que le spectateur se dise que ça roule. On n’est pas bloqué, ça va vite, on n’est pas pressé, personne ne nous jette dehors.
Nicolas Guillermou : C’est un métier très prenant, mais aussi un métier passion. Est-ce que quand il y a un show qui te plaît d’un point de vue personnel, tu arrives à prendre quelques minutes quand tout roule pour en profiter un peu ? Et si oui, c’est quoi ton endroit préféré ? Est-ce que c’est en régie, backstage ? Est-ce que c’est en haut sur les grilles ? Avoir une vue un peu aérienne, c’est quoi ton lieu favori pendant un événement ?
Denis Turmel : Le meilleur endroit pour assister à l’événement, c’est au milieu du public. Le mix, le son, il est là pour le public. Si tu montes au grill, tu vas avoir un point de vue privilégié et décalé par le simple fait que le public n’y monte pas. Après, le son est dégueulasse, tu vas avoir une vue plongeante. En backstage, ça peut être marrant, trois minutes. Non, ce qui est plus intéressant, c’est de se mettre en face. Est-ce que je dégage du temps ? Pas trop. Ça m’est arrivé de regarder tout un concert. C’était Jeff Beck, c’était en 2009. Et je ne regrette pas, c’était magique. Ça m’est arrivé de me poser, ça m’est arrivé de me faire cueillir par des humoristes où je suis backstage, je suis avec la production. Et je repasse par la salle et tu te fais attraper par une ou deux phrases et tu t’aperçois au bout de 20 minutes que tu es toujours là à regarder. Mais grosso modo, c’est vrai qu’on ne passe pas trop de temps à regarder les spectacles, y compris sur des trucs que j’aime bien. C’est un peu dommage. C’est comme ça.
Nicolas Guillermou : Est-ce que des fois, tu arrives à aller dans d’autres salles, pour lâcher le tlkie et lâcher l’accred et te mettre au milieu de la fosse, au milieu du public ?
Denis Turmel : Je le fais tous les ans au Hellfest parce que c’est ma musique au départ et je viens de là. C’est assez cool, effectivement, de ne pas être appelé 200 fois au talkie. Après, c’est vrai qu’on en bouffe tellement ici. C’est comme quelqu’un qui bosse dans une pâtisserie. Tu te dis, est-ce que quand tu es en vacances, tu passes ton temps à bouffer des religieuses et des éclairs ? Il va te dire, non, je mange de la salade.
Nicolas Guillermou : Je veux du silence.
Denis Turmel : Moi, je vais faire des photos d’oiseaux au milieu des marais ou au bord de la mer. Mais j’essaye d’éviter les endroits trop fréquentés.
Nicolas Guillermou : Et au-delà de tes goûts personnels, d’un point de vue purement pro, si tu avais une sorte de top 3 des événements qui t’ont le plus marqué au cours de ces 20 ans au Zénith. Est-ce que tu as des choses où tu t’es dit, « Waouh, là, j’ai pris une claque » ? Ou en tout cas, le public a pris une claque énorme parce que c’est quelque chose d’incroyable qui s’est passé ?
Denis Turmel : Alors, je ne peux pas trop me mettre à la place du public. Généralement, de toute façon, la réaction du public, elle est facilement mesurable. On voit s’il y a de l’enthousiasme ou si la salle est froide, etc. Qu’est-ce que je garde en mémoire ? Des artistes que je ne connaissais pas trop, dont je ne connaissais pas trop le boulot. Comme j’ai un fond plutôt relou, je commence à les voir en disant « ça ne va pas être terrible » . On va voir ce que ça donne, etc. Je m’étais fait une fausse image de Alicia Keys en me disant « c’est une espèce de bimbo qui fait du R&B dans les écrans plats chez Darty ». Voilà. Elle est arrivée, elle s’est installée, piano-voix, elle a mis la fessée à tout le monde, c’était hallucinant. Ça, Bruno Mars aussi, on l’a fait, c’était un môme, quoi. Il a mis une gifle à tout le monde. Des événements marquants dans les choses qui n’ont rien à voir avec le spectacle. Quand on avait fait une semaine d’enseignement du Dalaï-Lama au Zenith.
Nicolas Guillermou : J’ai vu une photo dans les couloirs.
Denis Turmel : Ça, c’était un drôle de chantier, c’était vraiment très atypique. C’était en plus à un moment où il y avait une tension extrême entre la Chine et Dharamsala. Il y avait des dispositifs de sécu qu’on ne voit jamais ici au Zénith, avec des snipers sur le toit. Et ça a duré une semaine. Autant on oublie, parce qu’on en fait tout le temps du spectacle, autant je pense que cet événement-là, toute l’équipe, tous ceux qui étaient là à ce moment-là ont toujours ça en mémoire. Sinon, l’avant-dernière, avant la tournée des Vieilles Canailles où Johnny était un peu à la peine. L’avant-dernière tournée qu’il avait fait ici, qu’on soit fan de Johnny ou pas, c’était énorme. La performance du mec, la façon dont il avait de mettre tout le monde d’accord en trois minutes après son arrivée sur scène, c’est la bête de scène quand même.
Nicolas Guillermou : Et peut-être sans donner le nom, mais est-ce que tu as eu une expérience d’un concert ou d’un show qui a un peu foiré ? Alors, pour plein de raisons, ça peut être technique, ça peut être, je ne sais pas, l’artiste qui n’a plus de voix, ça peut être plein de choses. Est-ce qu’il y en a qui ont un peu, voilà, qui ont fait un bide et au final, les gens n’ont pas passé le moment qu’ils étaient venus chercher ?
Denis Turmel : Oui, oui. Alors, je ne vais pas citer de nom, mais on a eu ça avec des sons dégueulasses où l’artiste qui vient parce que, je ne sais pas, il a des pensions alimentaires. Il en a plein sur la tête et qu’il doit trouver de l’argent. Mais on sent qu’il serait sans doute plus heureux ailleurs. Ça nous est arrivé quelques fois. Il n’y a pas que nous qui le sentons, le public, dans ces cas-là. Il sent qu’effectivement, l’artiste est en version minimum syndicale. Des fois, effectivement, on a eu des problèmes d’extinction de voix. Je parlais de Charles Aznavour, tout à l’heure, et il arrivait assez bien à en jouer sur la dernière tournée, je pense qu’il y avait certaines chansons de son répertoire qui l’obligeaient à monter ou à donner un petit peu de la voix, il n’avait plus la ressource physique pour le faire, je pense qu’ils avaient déjà détuné un petit peu les morceaux, ils devaient les jouer un tour en dessous, mais il avait dit à la fin du morceau, celui-là je ne vais peut-être pas le garder dans le tour de chant, c’est un mec qui avait du métier, c’est peu de le dire. Donc il arrivait à en jouer. Mais c’est des choses qui arrivent. C’est, on va dire aussi, le charme du spectacle vivant. Ce n’est pas un CD, donc on peut avoir le meilleur et parfois on peut avoir le pire.
Nicolas Guillermou : Oui, et puis ça crée des moments quand un artiste qu’on aime oublie les paroles aussi, ça crée finalement, ça le rend humain. Ça le rapproche du public aussi. Même s’il a tout oublié, c’est compliqué. Mais des fois, hop, il se rate, il reprend. Voilà, ça crée quelque chose où on se dit que ce n’est clairement pas un CD qu’on a écouté.
Denis Turmel : Voilà, des fois, il oublie la ville où il est aussi.
Nicolas Guillermou : À force de tourner.
Denis Turmel : C’est ça. Bonsoir, Clermont-Ferrand. Non, non.
Nicolas Guillermou : Le Zénith, c’est un lieu, on vient de beaucoup en parler, B2C, mais c’est aussi un espace B2B. Vous recevez des entreprises pour différentes choses, soit avec des prestations VIP sur des spectacles, mais aussi des entreprises qui louent. J’avais eu la chance il y a quelques années maintenant de venir pour un arbre de Noël, pour Sodebo par exemple, qui avait monté un gros setup avec TF1 Événements, avec les équipes de VTEP, Anthony Kavanagh. Est-ce que c’est quelque chose que vous essayez de développer ? Est-ce que c’est quelque chose qui vient à vous et que vous prenez ? Quelle est votre stratégie par rapport à ce côté de louer des espaces pour des entreprises et pour des événements privés ?
Denis Turmel : Alors, on est très proactif. Il y a Émilie dans l’équipe qui s’occupe de ça, sur l’accueil VIP. Donc, proposer des opérations VIP à des entreprises qui vont inviter soit leurs clients, soit leurs prospects, soit leurs collaborateurs, ça arrive relativement souvent dans un contexte un peu privilégié avec le salon, les petits fours, les places en catégorie premium, platine, diamant, que sais-je. Donc ça, là-dessus, effectivement, il y a un gros boulot qui est réalisé par le Zénith. Recevoir des événements d’entreprise, je vais vous parler sans langue de bois, c’est pas là où on gagne le plus d’argent. Clairement, le spectacle est plus rémunérateur pour nous. Et par contre, c’est là où on perd le plus de points de vie. C’est-à-dire que c’est des one-shot. Généralement, il y a le client, il y a l’agence. Ils ne sont pas toujours super bien organisés. Donc, il faut les baby-sitter depuis le premier rendez-vous jusqu’à la fin du chantier. Ils ont parfois des demandes un peu délirantes, ils ne se rendent pas trop compte. Alors que les équipes ont tourné. C’est leur job. Ça tourne. ça va vite, la logistique elle est ultra rodée donc quand ça se présente on le fait il faut savoir que le coût de location du Zénith pour ces événements n’est pas très élevé mais par contre à partir du moment où effectivement les entreprises investissent un Zénith ou une Arena ça veut dire qu’elles déplacent au moins 3-4 000 personnes, c’est-à-dire qu’il faut les véhiculer, il faut les nourrir etc. Donc l’événement peut être coûteux, certes, à ce niveau-là, mais c’est surtout qu’il faut utiliser les espaces du Zénith et capitaliser dessus. Et ça, ça veut dire qu’on installe en son, en éclairage, en écran. Là, le billet peut commencer à monter très cher. Souvent, quand on a des appels entrants avec des boîtes qui font leur premier pas, qui se disent « Est-ce qu’on ne ferait pas un truc au zénith ? » etc. Quand il commence à avancer effectivement sur le costing de l’événement, le principal écueil, c’est ça. C’est-à-dire que pour mettre en musique et en lumière une salle comme un zénith, ça veut dire que l’agence qui va être missionnée doit déployer des moyens conséquents.
Nicolas Guillermou : Parce que sinon ça peut faire un peu ridicule si on a un tout petit setup dans une si grande salle et finalement ça a un contre-effet productif.
Denis Turmel : C’est exactement ça. On a un effet qui est un peu voisin sur un autre type de manifestation qu’on peut faire une fois tous les quinquennats. C’est les meetings politiques où effectivement, on va dire les partis majoritaires, quand il existait encore des partis ultra majoritaires, ils n’avaient pas trop d’inquiétude sur le remplissage dans les gradins et sur les images que ça donnait sur BFM ou sur France Info Télé ou au journal de 20h. Les partis, on va dire plus confidentiels, on les a vus souvent se poser vachement la question. On faisait des rendez-vous avec eux. Est-ce qu’on y va ? Est-ce qu’on n’y va pas ? Et leur seule angoisse, c’était est-ce qu’on aura suffisamment de monde ? Et quelle tête ça aura à l’image ? Donc, effectivement, vouloir investir une salle comme un Zénith ou une Arena, c’est ambitieux. Pour pas que ça soit ridicule, il faut que le show soit à la hauteur. Et surtout, il faut qu’il y ait du monde en face.
Nicolas Guillermou : Et d’ailleurs, il y a eu des parties qui ont fait des prises de contact, projection 2027, ou c’est encore trop tôt pour eux sur ce côté un peu ? Non, sans donner de noms, mais juste savoir, est-ce que les parties aussi, côté événementiel, se projettent un an à l’avance en disant, on fera peut-être un Zénith à Nantes pour la campagne ? Non, c’est trop tôt. Ils ne savent même pas qui ira en plus.
Denis Turmel : Un, ils ne savent pas qui ira. J’en ai fait un certain nombre depuis 2007 jusqu’au dernier. C’est l’organisation, leur organisation est hallucinante. Quand je dis ça, c’est le côté péjoratif de hallucinant. C’est-à-dire qu’il y en a, ils nous contactent une semaine avant, ils voient une fenêtre de tir, et tout est à l’avenant. On n’a pas d’interlocuteur, c’est le bordel au niveau des services de sécurité, de leurs services de sécurité. C’est ni fait ni à faire, c’est au mépris des règles les plus élémentaires. C’est souvent, quand je dis un peu bricolé, le mot est faible. C’est vraiment un pléonasme.
Nicolas Guillermou : Ok, bon, si vous nous entendez organisez-vous pour 2027 !
Denis Turmel : Non, non, si on a des demandes sur 2027, c’est beaucoup moins à la mode depuis certaines affaires que traînent des partis. Et puis, je pense que les réseaux sociaux ont pris leur place. Les partis politiques ont visiblement compris quel est le bénéfice qu’ils pourraient en tirer, alors que monter des meetings, c’est chronophage, c’est coûteux, c’est casse-gueule, ça demande une présence sur le terrain. On a senti que les grandes messes, en dehors des gros trucs parisiens, genre Villepinte, etc., avaient un peu moins le vent en poupe déjà au niveau de la dernière présidentielle, je ne serais pas étonné que la voilure ait encore diminué sur la prochaine.
Nicolas Guillermou : Donc tu ne comptes pas sur les meetings politiques pour remplir ton agenda à 2027, est-ce que j’imagine ?
Denis Turmel : Non, heureusement pour moi.
Nicolas Guillermou : Écoute Denis, on approche de la fin de ce podcast, merci en tout cas pour tout. Toi, tu as 20 ans d’expérience au Zénith. Comment est-ce que tu imagines les futurs shows dans 20 ans, finalement, avec tout le recul que tu as ? Quelle est l’évolution et qu’est-ce qu’il pourrait y avoir dans 5, 10, 15, 20 ans de différent par rapport à ce qu’on a aujourd’hui et à ce qu’on constate aujourd’hui ?
Denis Turmel : Techniquement, je n’en ai pas la moindre idée.
Nicolas Guillermou : Le côté hologramme, par exemple, c’est quelque chose qu’on a un peu vu il y a quelques années, mais qui est presque moins à la mode. Est-ce que c’est quelque chose qui arriverait un jour à se déployer vraiment, des shows multisites en simultané ?
Denis Turmel : Mais en fait, je vais vous, de mémoire, je vais vous parler d’un truc qu’avait écrit Jacques Attali, le célèbre économiste et conseiller économique de tous les présidents français depuis Vercingétorix. Il parlait du spectacle vivant, notamment, et c’était dans un bouquin qu’il avait fait qui s’appelait « Une brève histoire de l’avenir » . Il avait cette projection, il disait « Tout ce qui est duplicable, demain aura une bien moindre valeur, sinon plus de valeur». Et il dit, le spectacle vivant, c’est quoi ? C’est, vous êtes là, l’artiste est là, et a fortiori, dans notre période où on vit avec les réseaux sociaux, vous pouvez montrer que vous êtes là, vous, au moment où l’artiste est là. Avoir un hologramme de Bob Dylan, et venir voir au Zénith un spectacle reconstitué de Bob Dylan. Être là alors que Bob Dylan est là c’est pas la même chose, et en fait lui prédisait que la valeur du spectacle vivant allait perdurer parce que le moment est unique, il n’est pas duplicable c’est pas un DVD, c’est pas un hologramme je suis là et Gims est sur scène, Bjork est sur scène, Metallica est sur scène, voilà ça ne peut pas être falsifié, ça ne peut pas être dupliqué. Donc je crois que quels que soient les artefacts techniques qui vont se mettre en place sur les années à veni, je ne sais pas ce que nous réserve. Effectivement, les scénographes sont toujours très inventifs, souvent pour le meilleur. Mais il y a un truc qui restera, c’est la présence nécessaire de l’artiste. Sinon, le public ne vient pas.
Nicolas Guillermou : Merci Denis pour cet échange extrêmement riche. J’espère que tu as passé un bon moment avec nous.
Denis Turmel : Yes.
Nicolas Guillermou : Merci à tous nos auditeurs. Et puis surtout, n’oubliez pas dans l’événementiel, on n’a pas un métier facile mais c’est quand même mieux que de travailler Merci beaucoup d’avoir écouté jusqu’au bout ce podcast de Good Morning Event n’hésitez pas à mettre une note de type 5 étoiles sur les plateformes à travers lesquelles vous écoutez le podcast et même un petit commentaire sur Spotify ça aidera pour son référencement Vous pouvez également nous envoyer un petit mail à l’adresse qui est indiquée en description pour nous conseiller de futurs invités ou nous faire part de vos impressions. Et à très bientôt pour un nouvel épisode.
Comment organiser un concert réunissant plusieurs milliers de spectateurs ? Comment coordonner artistes, équipes techniques et flux de public dans un lieu de grande capacité ? Derrière chaque événement accueilli dans un Zénith se cache une mécanique événementielle d’une grande précision.
Le Zénith de Nantes Métropole est l’un des équipements majeurs du spectacle vivant en France. Avec plus de 600 000 spectateurs chaque année et près de 160 événements organisés, il incarne à lui seul les enjeux de l’événementiel grand format.
À travers ce podcast, plongez dans les coulisses d’un lieu emblématique et découvrez comment s’organisent la production, l’exploitation et la gestion d’événements accueillant jusqu’à 9 000 personnes.
Le Zénith est un modèle unique dans le paysage de l’événementiel. Labellisé par le ministère de la Culture, il répond à des exigences techniques et organisationnelles précises, pensées pour accueillir des productions de grande envergure.
Sa force principale repose sur sa modularité événementielle. Avec une capacité allant de 2 500 à 9 000 places, il s’adapte à différents formats : concerts, spectacles d’humour, comédies musicales, événements sportifs ou encore événements corporate. Cette flexibilité permet de concevoir une expérience spectateur optimisée, quelle que soit la jauge. Les dispositifs scénographiques (rideaux, configurations, aménagements) permettent de maintenir une immersion forte et une proximité avec le public.
Mais la réalité opérationnelle est bien plus complexe. Un Zénith fonctionne comme un outil d’exploitation événementielle au service des productions. Contrairement à une agence ou un producteur, il met à disposition un espace technique performant, tandis que les équipes artistiques arrivent avec leurs propres moyens (son, lumière, vidéo, catering).
Chaque événement devient alors une véritable coordination logistique :
Sur certains événements, jusqu’à 150 collaborateurs peuvent être mobilisés pour garantir la fluidité et la sécurité de l’expérience.
L’évolution du secteur se traduit aussi par une montée en puissance des productions. Les shows deviennent de plus en plus spectaculaires, nécessitant des moyens techniques lourds et une logistique toujours plus poussée.
En parallèle, les Zéniths accueillent également des événements d’entreprise (séminaires, conventions, opérations VIP). Ces formats permettent aux marques de créer des expériences impactantes, à condition de déployer des dispositifs scénographiques à la hauteur du lieu.
Enfin, malgré les innovations technologiques, une tendance forte se confirme : la valeur du spectacle vivant reste intacte. Dans un monde digitalisé, l’événement physique conserve une dimension unique, fondée sur la présence, l’émotion collective et l’instant partagé.